22 mars 2008
Pour en finir avec le pull-over rouge (suite)

Au cours de l'été 2007, un de mes correspondants sur Internet m'annonça la prochaine parution de son livre. Ce correspondant n'était autre que Pierre Rambla, le père de la petite Marie Dolorès, dont le meurtrier Christian Ranucci a été condamné à mort et exécuté le 28 juillet 1976. Comme les lecteurs de notre blog le savent, une certaine thèse "médiatiquement correcte" cherche à nous faire passer Ranucci pour un faux coupable fabriqué par les méchants policiers marseillais, qui aurait payé à la place du véritable assassin, un mystérieux homme au pull-over rouge. A l'origine de cette fable : l'écrivain Gilles Perrault, auteur d'une "contre-enquête" parue en 1978, qui a, hélas, servi de fil (... rouge, c'est le cas de le dire !) à deux films (l'un pour le cinéma, l'autre pour la télévision), des émissions TV, des sites Web, des jeux, etc.
Trop, c'est trop : c'est sans doute ce que s'est dit le père de Marie Dolorès. Il décide dans cet ouvrage de rétablir la vérité sur ce "serpent à sornettes" (l'expression est de lui) que constitue la thèse de l'innocence de Ranucci, et sur tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre, cautionnent lesdites sornettes (les médias que j'ai cités plus haut). Après un rapide rappel autobiographique (p. 14-27) Pierre Rambla entre dans le vif du sujet. Ce n'est pas sans un sentiment de colère que l'on apprend les répercussions du montage anti-judiciaire de Gilles Perrault sur la vie de famille des Rambla ; et notamment sur Jean, le frère cadet de la victime, témoin de l'enlèvement de sa soeur. Il faut s'imaginer ce qu'a subi l'enfant, traité d'"assassin" dans les cours de récréation (on l'accusait d'avoir envoyé un innocent à la guillotine) et qui tombe dans un manuel de grammaire destiné aux élèves de 3e sur "un texte relatant l'erreur judiciaire avec pour exemple un petit passage illustré d'un extrait du film Le pull-over (rouge) agrémenté de la photo de Ranucci" (p. 50). Par ailleurs, l'auteur rappele à juste titre le "pedigree" pas très reluisant de Gilles Perrault (engagé dans moultes causes douteuses) et les tendances pédophiles du meurtrier de sa fille (notamment son appartenance au réseau du pervers Jacques Dugué, pages 68-69). Sans oublier la condamnation de l'auteur du Pull-over rouge pour diffamation envers les policiers marseillais, détaillée pages 142 et suivantes. Mais Pierre Rambla a également le mérite de relater des éléments peu connus, notamment l'entretien entre Ranucci et sa mère à la prison des Baumettes, durant lequel il lui a avoué sa culpabilité (p. 122).
On l'aura compris : sur le fond, j'approuve tout à fait le propos de Pierre Rambla. Pour la forme du livre, je ne cacherai pas mes réserves : le rythmne est inégal, il y a parfois des répétitions, des coquilles et fautes d'orthographe, et certains passages font très "copié-collé". Pour donner un exemple concret, j'ai retrouvé l'extrait d'un texte que j'ai consacré à Gilles Perrault sur ce blog (en mai 2005) reproduit deux fois et sans guillemets pages 72, 73, et 74. Tout cela est un peu dommage.
Nonobstant ces défauts, le livre de Pierre Rambla mérite le détour, et pas seulement pour ceux et celles qui se sont intéressés à cette affaire criminelle : c'est aussi une bonne occasion de rappeler que dans ce dossier, les victimes, ce sont Marie Dolorès et sa famille. Et certainement pas Christian Ranucci, pour qui je ne verserai pas une larme, n'en déplaise à tous les "droits-de-l'hommistes" de notre pays.
Frédéric Valandré.
PS : Un grand merci à Pierre Rambla d'avoir donné le lien de notre blog, page 219. Nos lecteurs peuvent également consulter son blog, ainsi que ma fiche consacrée au livre de Gérard Bouladou.
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10 février 2008
Outreau : on ne savait pas tout
Quatre frères violés par leurs parents et par un couple de voisins, treize personnes (hommes et femmes) accusés d'appartenir à un réseau pédophile avant d'être blanchis par la justice des hommes, un autre décédé en prison : telles sont les victimes connues de l'affaire d'Outreau, qui a fait couler tant d'encre ces dernières années. Oui, mais... ce qu'on ignorait, c'est que ladite affaire a fait une autre victime : Ludovic Lefebvre, l'auteur du présent ouvrage, qui fut la cible de violences sexuelles durant son adolescence.
L'Oublié d'Outreau est un récit autobiographique, qui entend relater "un parcours sinueux, obscur ou oscille espoir et désespoir, amour et haine, pureté et perversité, recherche d'identité, quête de bonheur" (p. 11). Issu d'un milieu modeste, né de père inconnu, Ludovic Lefebvre est élevé par sa grand-mère et le concubin de celle-ci dans la région Nord-Pas-de-Calais. A l'âge de 15 ans, l'auteur est mis sous tutelle chez son médécin de famille, le docteur Michel Q. Un notable, médécin auprès de la commission des permis de conduire, président d'un club huppé, le club "des 41". Un personnage que l'adolescent trouve fort sympathique, du moins au début... Très vite, il découvre que le bon docteur, "le soigneur, le confident, celui qui réconforte, celui qui redonne confiance" (p. 55) est un pervers de la pire espèce, " rougeaud, violent, violeur, obsedé, casseur de personnalité, adorateur d'adolescent viril, alcoolique et pédéraste honteux, bien caché" (Ibid.). A ce propos, il est difficile de rester indifférent en lisant le récit, terrible, du premier viol subi par Ludovic Lefebvre (pages 50 et suivantes). Dans ce cauchemar, c'est paradoxalement Martine Q., épouse et complice du médécin pédophile, qui fera office de "bouée de secours"; "mon unique moyen à l'époque de garder ma virilité naturelle, de ne pas me sentir encore un peu plus lopette, misérable, de vivre avec l'humiliation" précise l'auteur (p. 64). Les années qui suivront seront celles de la descente aux enfers pour Ludovic Lefebvre : alcool, tranquilisants, drogues en tous genre, vols, bagarres... Douze ans d'autodestruction interrompus parfois par des trèves, des lueurs d'espoir, avant de replonger à nouveau. Soyons clairs : ça fait froid dans le dos !
Fin 1995/ début 1996 : l'auteur décide de porter plainte contre son bourreau. De prime abord, le "pédéraste honteux" semble bien parti pour se diriger vers la case "prison" : le dossier de Ludovic Lefebvre est solide, et le médécin n'hésitera pas à insulter et à menacer de mort la juge qui instruit l'affaire (p. 160). Pour compléter un tableau déjà édifiant, le docteur Q. a violé un autre adolescent (p. 139-141) et tué deux femmes et blessé grièvement une troisième alors qu'il conduisait en état d'ivresse (p. 141-142) Dans cette dernière affaire, il insultera encore copieusement le magistrat instructeur, Fabrice Burgaud lui même. Visiblement, si cet homme est bien placé dans la hiérarchie sociale, il l'est également dans la hiérarchie de la saloperie, si jamais elle existe.
Mais pour Ludovic Lefebvre, justice ne sera pas rendue. Quant il contacte son avocate pour le dépot de plainte, celle-ci confie ladite plainte à un confrère... qui connait le docteur Q. Résultat : la plainte est déposée avec un an et demi de retard, alors que le délai de prescription est dépassé depuis deux mois, ce qui oblige l'auteur à redéposer plainte en 1999. En 2004, lorsque la juge d'instruction décide de renvoyer le médecin violeur aux assises, le procureur de la République de Boulogne-sur-Mer fait appel, car il ne considère pas un ancien drogué tel Ludovic Lefebvre comme une victime crédible (les spécialistes de l'affaire d'Outreau reconnaitront sans peine ledit procureur, Gerald L.). Enfin, le retentissement de l'affaire d'Outreau, qui verra des accusés roulés dans la fange par les médias avant que ceux-ci n'effectuent un virage à 180° en les sacrant archanges, contribuera à placer sous le boisseau l'affaire de Ludovic Lefebvre. L'auteur frappe à de nombreuses portes pour faire connaître son histoire : journalistes (comme Florence Aubenas), avocats (dont Me Dupont-Moretti, un des médiatiques avocats de la défense dans les procès d'Outreau), associations (France-Justice). Sans grand succès. A ce jour, si Ludovic Lefebvre a touché une indemnité de 20 000 euros de la Justice, et si on a officiellement reconnu qu'il a été violé durant son adolescence, son bourreau n'est jamais passé en jugement, prescription oblige.
L'auteur pense que ce cher médecin qui a pignon sur rue a bénéficié d'une "justice de classe". Cela signifierait que dans un cas (l'affaire d'Outreau) on a considéré de prétendus "notables" comme des coupables en puissance ( quels notables ? L'un des accusés, Pierre Martel, que l'auteur connaissait bien d'ailleurs et qu'il a toujours soutenu, était chauffeur de taxi !) et dans le second cas (l'affaire Lefebvre) on aurait décrété qu'un notable est forcément non coupable. Ceci dit, Ludovic Lefebvre n'attaque pas l'institution judiciaire dans son ensemble, et rend hommage à ceux et celles qui ont tout fait pour que son affaire aboutisse (p. 237-238).
Dire que j'ai lu ce livre avec plaisir serait mentir : le récit qu'il relate m'a inspiré autant de dégout que de révolte. Mais c'est une lecture captivante (il m'a fallu moins d'un après-midi pour le lire), et salutaire. L'Oublié d'Outreau m'a conforté dans mon opinion : à force de répéter " Mieux vaut un coupable en liberté qu'un innocent en prison", on risque d'oublier que les deux cas de figure sont aussi graves l'un que l'autre, quoi qu'on en dise.
Frédéric Valandré.
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J'invite également nos lecteurs à consulter le site des éditions Tatamis et le blog de Ludovic Lefebvre.
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28 juin 2007
"Rendez-moi justice": une "docu-fiction" partiale et partielle
Ceux et celles qui ont lu mon ouvrage France Intox savent que parmi les dossiers criminels les plus retentissants de ces dernières décennies, celui sur la petite Céline Jourdan est de ceux qui m'intéressent le plus. Aussi est-ce avec le plus grand intérêt que j'ai regardé Rendez-moi justice, la "docu-fiction" diffusée le 27 juin sur France 3 à 20h50, consacrée au procès de Richard Roman et Didier Gentil à Grenoble; procès qui a abouti à l'acquittement du premier et à la condamnation à la prison à vie du second le 17 décembre 1992.
Globalement, la presse n'a pas manqué de saluer cette reconstitution d'un "procès exemplaire" qui "a permis de faire éclater la vérité", à savoir la totale innocence de Richard Roman dans le viol et le meurtre de Céline dans la soirée du 26 juillet 1988 à La Motte-du-Caire (Alpes-de-Haute-Provence).
Certes, Rendez-moi justice est plutôt bien fait sur la forme, et il est un tantinet plus honnête que Faites entrer l'accusé, puisque le film n'occulte pas la déposition du docteur Christian Jullier, qui, lorsque il avait examiné Roman durant sa garde à vue, avait recueilli d'accablantes déclarations ("Quand on a vu la fille nue, on a perdu la tête"). Il n'empêche : de manière générale, cette "doc-fiction" demeure bien partiale; à l'exception de celui de Gilbert Jourdan (le père de la petite Céline, qui croit toujours en la culpabilité de Roman) tous les témoignages recueillis vont dans le même sens. Partiale, mais aussi partielle, hélas, car les étrangetés du procès sont totalement occultées :
sur les cinq magistrats qui ont instruit l'affaire, seul Yves Bonnet – qui, contrairement à ses collègues, croyait en l'innocence de Richard Roman – a pu s'exprimer devant la Cour.
le docteur Robert Sebaoun, un médecin qui a recueilli des déclarations spontanées de Roman à la prison des Baumettes en 1990, n'a pas été appelé à témoigner.
Didier Gentil a été bombardé de lettres émanant d'un groupe de pression lui demandant expressément d'endosser l'entière responsabilité du crime.
une liste de journalistes intéressés par une interview de Roman à sa sortie de prison a été dressée sur proposition du procureur général de la République Michel Albarède avant même que les jurés ne se retirent pour délibérer.
Tous ces points, et d'autres encore, ont été évoqués dans l'excellent bouquin du journaliste Robert Daranc, Une justice sous hypnose médiatique L'affaire Céline (Mallemoisson, Editions de Haute Provence, 1995). Cet ouvrage (dont un exemplaire m'a été offert par Mr Daranc lui-même) a été fort utile pour la rédaction de France Intox; j'y signalai que le livre est aujourd'hui introuvable, en édition "papier" en tous cas.
Le père de la petite Céline, qui a co-signé cet ouvrage avec Robert Daranc, a eu récemment l'excellente idée de le mettre en ligne dans son intégralité sur son site. Je ne peux que saluer cette initiative de Gilbert Jourdan, à qui j'exprime ici toute ma sympathie, et vous recommander la lecture de ce livre. Pour reprendre l'expression d'un de mes amis : "Débourrage de crâne garanti !"
Frédéric Valandré.
PS : Les photos de Gilbert Jourdan sont respectivement extraites du site du Dauphiné Libéré et du site de La Provence (le premier site a du mal à s'ouvrir, aussi je recommande de le consulter en cache pour le moment).
20 février 2007
Un nouveau livre sur l'affaire Grégory
Je ne sais pas si, comme moi, vous avez regardé le téléfilm en six épisodes consacré à l'affaire Grégory diffusé en octobre dernier sur France 3; plutôt bien faite sur la forme (en dépit de quelques longueurs), l'oeuvre m'a quand même un peu gêné par son manichéisme, ses partis-pris clairement affichés et ses sous-entendus (laissant entendre la culpabilité de Bernard Laroche, cousin de Jean-Marie Villemin, dans l'assassinat de son fils Grégory Villemin). Afin de faire la moyenne, j'ai souhaité entendre un autre son de cloche, et c'est avec intérêt que j'ai lu L'Affaire Grégory de Me Prompt.
Bien sûr, l'avocat de Bernard Laroche n'est pas vraiment de ma chapelle - c'est un communiste "pur sucre", et ça se sent - mais la lecture de son ouvrage s'avère plutôt instructive. J'avoue avoir été troublé par les accusations qu'il porte contre l'officier de gendarmerie Etienne Sesmat, premier directeur d'enquête sur l'assassinat du petit Grégory, qui aurait reconnu devant lui avoir négligé les règles du Code de Procédure Pénale en ces termes: "Si j'ai commis des erreurs, peu importe puisque j'ai le résultat." (p. 96). Ce sont là des accusations sérieuses; Etienne Sesmat va t-il y répondre? Par ailleurs, j'ai été interloqué par le rappel d'un entretien accordé par les Villemin au Parisien libéré dans lequel ils se réjouissent (!) de la libération de Bernard Laroche, et par celui de leur aveu ultérieur: cet entretien aurait été une diversion pour camoufler le projet d'assassinat de leur cousin (p. 128).
De manière générale, l'auteur soulève des questions intéressantes (exemple: sur des enregistrements magnétiques effectués par le second directeur d'enquête, Jacques Corazzi du SRPJ de Nancy, qui n'ont pas été versés au dossier, p. 190-191), questions qui laissent clairement entendre que les erreurs n'ont pas manqué dans les deux instructions et les deux enquêtes menées sur la mort du petit Grégory. A l'heure actuelle, l'innocence de Christine Villemin est juridiquement établie (non-lieu du 3 février 1993) et Bernard Laroche, assassiné par son cousin Jean-Marie Villemin, bénéficie d'une présomption d'innocence posthume, en application de l'arrêt de la Cour d'Appel de Versailles du 15 mai 2002. A juste titre, Me Prompt cite longuement cet arrêt dans son chapitre 9 (p. 224-246), moins connu que le non-lieu du 3 février 1993 - non-lieu que d'aucuns considèrent comme étant le "Saint Graal" judiciaire de l'affaire Grégory, et qui est d'ailleurs vivement critiqué par la Cour d'Appel de Versailles (ce qui ne signifie pas qu'il doit être rejeté en bloc, bien sûr).
Même si on ne suit pas l'auteur dans toutes ses observations (je ne considère pas ce livre comme un catéchisme, pas plus que ceux du colonel Sesmat et du commissaire Corazzi) la lecture de son ouvrage est indispensable pour ceux et celles qui s'intéressent à l'affaire Grégory. Et comme Me Prompt, j'espère que la Justice rouvrira le dossier, qu'elle aura le courage de "plonger" dans les eaux troubles de la Vologne afin de faire toute la lumière sur ce drame, la prescription n'intervenant qu'en 2011.
Frédéric VALANDRE.
PS: Pour en savoir plus, se reporter à mes deux précédentes fiches sur l'affaire Grégory, consacrées aux livres Les deux affaires Grégory et Le Secret de la Vologne.
22 décembre 2006
Seznec: innocent, forcément innocent ?
La Justice n'est pas seulement sourde, aveugle et folle, elle a également raté une occasion historique de reconnaître son erreur: c'est ce que répètent Denis Le Her-Seznec et bon nombre de chevaliers de la croisade antipénale depuis que la Cour de cassation a refusé de réhabiliter Guillaume Seznec le 14 décembre dernier. Mais si il est évident que notre justice n'est pas parfaite, doit-on affirmer ex-cathedra que celle-ci a commis une erreur en condamnant cet ancien maître de scierie de Morlaix pour le meurtre de son ami Pierre Quémeneur et pour faux en écriture privée, le 4 novembre 1924 ?
Sans parti-pris, le commissaire Guy Penaud a décidé de reprendre l'affaire à zéro, en ne s'appuyant que sur les élements tangibles, irréfutables, et non pas sur des arguments tout droits sortis d'un roman de gare. Fabrication de fausses promesses de vente à son bénéfice concernant le Traou-Nez, la propriété de Quémeneur à Plourivo - les expertises officielles "déterminent l'entière implication du condamné" (p. 160) - tentatives de surbornation de témoins (la lettre reproduite pages 189-190 est édifiante) pour se constituer un alibi : n'en déplaise à ceux et celles qui voient en Seznec une victime, ces éléments ne plaident guère en sa faveur. Méthodiquement, Guy Penaud réfute nombre d'"erreurs manifestes" et "appréciations erronées" (p. 232) de Denis Le Her-Seznec, le petit-fils du condamné, et démonte la thèse du complot policier monté par Pierre Bonny, qui était au centre de la demande de réhabilitation. Bonny n'était certes pas un ange, mais lors de l'enquête sur la disparition de Quémeneur en 1923, il n'était qu'un modeste inspecteur stagiaire (p. 264); par ailleurs, si il a bel et bien été chassé de la police le 10 janvier 1935 et a été l'objet de trois informations judiciaires, il n'a aucunement falsifié des preuves dans l'affaire Stavisky (p. 263). Enfin, contrairement à une légende tenace, Bonny n'a jamais avoué avoir monté un complot contre Seznec: il suffit de lire sa confession écrite remise à son avocat peu avant son exécution pour faits de collaboration en décembre 1944, à aucun moment il n' y est question de machination (p. 273). Hélas, à l'instar du petit-fils Seznec, nombre de médias préférent s'appuyer sur des témoignages de seconde main faisant état de supposés aveux de l'inspecteur, plutôt que de prendre en compte ce document.
Conclusion: "... la machination policière ne pouvant qu'être écartée, l'intervention d'un tiers assassin, faussaire et manipulateur, étant matiérellement impossible, il ne reste qu'un personnage dont la responsabilité ne peut objectivement être écartée." (p. 290). Bref, comme le disait Sherlock Holmes: "Lorsque vous aurez éliminé l'impossible, tout ce qu'il vous reste, même si c'est improbable, est forcément la vérité" La vérité, c'est que Seznec était bel et bien impliqué dans la disparition de Quémeneur, d'une manière ou d'une autre. J'ai dévoré le livre du commissaire Penaud en une nuit, sur mon lieu de travail (ma loge d'agent de surveillance) et je ne saurais trop vous conseiller la lecture de son excellente mise au point sur cette prétendue "Affaire Dreyfus bretonne". Un cadeau de Noël idéal pour les amateurs d'énigmes judiciaires.
Frédéric VALANDRE.
PS: consultez également le site de Marylise Lebranchu (ancien ministre de la Justice de Lionel Jospin, initiatrice en 2001 de la dernière demande de révision en faveur de Seznec), vous pourrez y constater que Bernez Rouz, Michel Keriel, Guy Penaud et moi-même sommes quelque peu vilipendés par certains "seznecistes"...
17 décembre 2006
Arrêt Seznec: une défaite pour la justice médiatique
Le rideau est tombé ce jeudi 14 décembre: la Cour de révision a rejeté la demande de réhabilitation de Guillaume Seznec, estimant qu' il n' y a aucun fait nouveau ou élément inconnu de la juridiction au jour du procès de nature à faire naître un doute sur la culpabilité du condamné.
Petit rappel: en 1923, Guillaume Seznec, propriétaire d'une scierie à Morlaix, s'associe avec son ami Pierre Quémeneur, conseiller général du Finistère, pour vendre des voitures américaines aux Soviets. Le 25 mai, les deux hommes quittent la Bretagne à bord d'une vieille Cadillac qu'ils espèrent vendre à Paris à un mystérieux intermédiaire, un Américain se faisant appeler Gherdi. Après quinze heure de voyage et autant de pannes, Seznec et Quémeneur se retrouvent immobilisés à une soixantaine de kilomètres de la capitale. Plus personne ne reverra Quémeneur. Très vite suspecté d’avoir tué son ami, et d’avoir tapé une fausse promesse de vente à son bénéfice (concernant le Traou-Nez, la propriété de Quémeneur située à Plourivo) Seznec est condamné au bagne à perpétuité le 4 novembre 1924 ; finalement gracié en 1946, il est renversé par une camionnette le 15 novembre 1953 et meurt le 13 février 1954. Depuis plus de 80 ans, la famille Seznec se bat pour obtenir la révision du procès, et on ne peut qu'être impressionné par sa combativité, plus particulièrement celle de Denis Le Her-Seznec, le petit-fils de l'ancien forçat. Et je comprends bien la colère qui a été la sienne jeudi dernier lorsque la Cour de révision a rendu sa décision.
Cela dit, cela ne m'empêche pas d'être sidéré par le spectacle donné par le petit-fils Seznec et ses partisans au Palais de Justice de Paris jeudi dernier: injures à l'égard des magistrats en particulier et de la Justice en général, et ce en présence de sa famille, de ses avocats, de quelques acquittés de l'affaire d'Outreau, de Patrick Dils (il ne manquait plus que Richard Roman et Omar Raddad pour faire bon poids), sans même parler des joueurs de biniou et des indépendantistes bretons hurlant "Mort à la France !" (d'après Libération du 15 décembre)... on se serait cru dans un épisode du dessin animé Calimero ("C'est trop injuste, Seznec n'a pas été réhabilité !"), en moins drôle cependant !
Au delà de la question de fond (coupable ou innocent ?) c'est surtout l'argumentation de la défense qui pose problème: selon elle, Guillaume Seznec aurait été victime d'une machination politico-policière, orchestrée par un des enquêteurs de l'époque, l'inspecteur Pierre Bonny, en collaboration avec le fameux Gherdi (pas américain d'ailleurs, c'est un Algérien) que devait rencontrer le duo Seznec-Quémeneur lors de son voyage parisien de mai 1923. Objectif: camoufler le trafic de Cadillac avec l'URSS dans lequel seraient mouillés nombre d'hommes politiques. A l'appui de cette théorie: le témoignage de Colette Noll, une résistante qui affirme que le gestapiste ayant permis son arrestation en 1944 n'était autre que Boudjema Gherdi; Bonny étant lui aussi dans la Gestapo française à l'époque, sans doute les deux hommes se connaissaient-ils, et sans doute étaient-ils déjà de mèche en 1923 pour faire plonger le pauvre Seznec... CQFD.
Tout cela est quand même tiré par les cheveux, et ne permet pas vraiment de blanchir Seznec. Même si on n'a jamais retrouvé le corps de Quémeneur, de sérieux éléments à charge subsistent: je songe aux conclusions de deux expertises réalisées en 2004 sur les deux principales pièces à conviction du dossier d'accusation de l'époque, des faux actes de ventes imputés à Guillaume Seznec et une machine à écrire. Dans les deux expertises, les conclusions sont défavorables à l’ancien maître de scierie. La première conclut que les faux actes de vente ont bien été tapés sur une machine à écrire saisie à son domicile. La seconde établit après examen de photos que la machine à écrire en question est bien du même type que celle qui a été présentée au procès de 1924.
En définitive, l'arrêt rendu jeudi dernier est surtout une défaite pour une certaine justice, la justice médiatique, qui consiste à fabriquer des coupables ou des innocents pour satisfaire une opinion publique en mal de sensations fortes. Pour comprendre les problèmes posés par la réhabilitation de l'ancien bagnard, j'invite à lire le texte de l'arrêt du 14 décembre 2006 mais aussi le petit livre de Michel Keriel Seznec L'impossible réhabilitation qui contient le texte intégral de l'arrêt du 28 juin 1996 rejettant la précédente demande de révision déposée par la famille Seznec.
Frédéric VALANDRE
PS: je vais me procurer prochainement l'ouvrage de Guy Penaud, L'énigme Seznec. Je ferai part de mes commentaires sur ce livre aux lecteurs de notre blog. A suivre...
18 octobre 2006
Une autre vision de l'affaire Grégory

La sortie du livre d'Etienne Sesmat sur l'affaire Villemin ne doit pas faire oublier qu'un autre ouvrage sur le même sujet est paru trois ans plus tôt: Le Secret de la Vologne, écrit par le second directeur d'enquête ayant travaillé sur l'enlèvement et l'assassinat du petit Grégory, le commissaire Jacques Corazzi, du SRPJ de Nancy. Le livre est présenté par son éditeur Gérard Louis, comme un récit chronologique des enquêtes successives rédigé à partir des "Souvenirs et notes personnelles, [de l'] analyse de la presse et [de] tous les documents officiels liés aux procès [relatifs à cette affaire]" (p. 9).
Particularité dudit ouvrage: il est écrit de façon plus ou moins romancée, un peu comme un polar des éditions Fleuve Noir, et comme certains articles du Nouveau Détective (je précise que je n'ai rien contre cet hebdomadaire, que je lis de temps à autre). Cela facilite la lecture, mais parfois on a du mal à distinguer les élements romancés de ceux qui ne le sont pas ! Ceci étant posé, le choix narratif de Jacques Corazzi est parfaitement compréhensible. Celui-ci ne peut présenter sa version de l'affaire ouvertement, sous la forme d'un plaidoyer pro domo ou d'un livre d'investigation: il risquerait des ennuis pour contestation de la chose jugée (arrêt de non-lieu du 3 février 1993). En effet, Jacques Corazzi est très sévère avec les premiers directeurs d'enquête - Etienne Sesmat en tête (qui, d'ailleurs, a écrit son livre en réaction à celui du commissaire) - et croit aujourd'hui encore en la culpabilité de Christine Villemin; les élements ayant amené à l'inculpation de la mère de Grégory sont bien sûr évoqués:
1/ Les expertises graphologiques la désignant comme "le corbeau" qui persécutait la famille Villemin depuis des années.2/ Les explications jugées peu convaincantes sur les factures téléphoniques. 3/ Les témoignages des collègues de Christine affirmant l'avoir vu poster une lettre en fin d'après-midi le jour du drame, lettre qui pourrait être celle de la revendication du crime. 4/ Les cordelettes retrouvées chez les Villemin présentées comme étant identiques à celles qui ont servi à ligoter le petit Grégory.
En dépit des réticences sur la forme du texte que j'évoquais plus haut, et du fait que, pour ma part, je crois en l'innocence de Christine Villemin, je pense que le livre du commissaire Corazzi mérite d'être lu, tout comme celui du colonel Sesmat. Peut-on esperer assister un jour à un débat contradictoire entre les deux "frères ennemis" (expression que j'emprunte à un chroniqueur judiciaire de France 2) de l'affaire Grégory? La brève conversation, plutôt tendue, entre les deux hommes lors du Salon du Livre de Nancy, qu'on a pu voir dans l'émission Complément d'enquête du 9 octobre dernier, laisse penser le contraire, même si on y entend à un moment l'ancien gendarme dire qu'il était prêt à débattre sur le sujet. Affaire à suivre!
Frédéric VALANDRE
PS: au cours d'un déjeuner à Paris avec un écrivain en novembre 2004, celui-ci m'a affirmé avoir reçu les confidences d'un gendarme: la mort de Grégory aurait été un accident domestique déguisé en assassinat. Certes, tout ceci n'est que ouïe-dire, mais cela confirme que la vérité judiciaire sur l'affaire Grégory ne plait pas à tout le monde...
09 octobre 2006
Un témoignage de première main sur l'affaire Grégory
Les lecteurs du blog savent que je suis un passionné des affaires judiciaires, notamment de celles qui ont eu un fort retentissement médiatique. Aussi, c'est avec le plus grand intérêt que j'ai pris connaissance du livre du colonel de gendarmerie (en retraite) Etienne Sesmat, qui était le premier directeur d'enquête dans l'affaire de l'enlèvement et de l'assassinat du petit Grégory, le fils de Christine et Jean-Marie Villemin, survenu le 16 octobre 1984.
L'objectif de ce témoignage percutant est clair: "contribuer au rétablissement de la vérité" (P 11) sur un drame qui a fait couler beaucoup d'encre. L'auteur entend faire justice des accusations lancées contre les gendarmes : acharnement contre Bernard Laroche, cousin germain de la famille Villemin qui n'était nullement un coupable tiré "par hasard d'un képi" (p. 66), pressions exercées sur la belle-soeur de ce dernier, Murielle Bolle, qui a avoué avoir assisté à l'enlèvement de Grégory par Laroche avant de se rétracter...
Sur ces points précis, la lecture du chapitre III (p. 61-89) est fort instructive.
Le colonel Sesmat ne cache pas son opinion concernant ceux qui ont selon lui orchestré "un procès en sorcellerie" (p. 149) contre Christine Villemin, accusée d'infanticide après la rétractation de Murielle Bolle et l'assassinat de Bernard Laroche par Jean-Marie Villemin. Dans son collimateur: un juge d'instruction influençable et assoiffé de notoriété, Jean-Michel Lambert, et le second directeur d'enquête Jacques Corazzi, de la PJ de Nancy. Les journalistes du "réseau Bezzina" (du nom de feu Jean-Michel Bezzina, correspondant de RTL à l'époque) et les avocats de Bernard Laroche ne sont pas épargnés par l'auteur. En effet, ce sont ces derniers qui ont ouvertement accusé les gendarmes d'avoir joué les "pousse-au-crime" auprès de Jean-Marie Villemin et d'avoir été partie prenante d'un complot d'extrême-droite visant au rétablissement de la peine de mort (p. 94; selon les fantasmes de Me Prompt, ancien résistant communiste qui "voue aux gémonies les forces de l'ordre et le pouvoir en général")!
L'auteur pointe également du doigt les maladresses des avocats du couple Villemin, notamment cette idée de faire paraître, en pleine campagne médiatique "anti-Christine" des photos de celle-ci dans Paris-Match pour renverser la vapeur, ce qui s'averera contre-productif (p. 166-167). S'ajoute à cela que Me Henri-René Garaud a cru bon de demander au juge Lambert de dessaisir les gendarmes pour confier l'enquête au SRPJ de Nancy (p. 194). Le ténor du barreau croyait bien faire - il entretenait de bons rapports avec la police, était l'avocat de plusieurs policiers - et il le regrettera par la suite.
Enfin, l'ancien directeur d'enquête rend hommage au travail des magistrats Maurice Simon (qui a succedé au juge Lambert) et Jean-Pierre Martin (chapitre IX, p. 223-263) qui a permis d'aboutir à un non-lieu définitif en faveur de Christine Villemin le 3 février 1993. Son mari a quant à lui été condamné le 16 décembre de la même année à cinq ans de prison (dont quatre ferme) pour l'assassinat de Bernard Laroche par la cour d'assises de Dijon (p. 285). Etienne Sesmat termine le livre en rappelant la vérité judiciaire sur cette affaire: Christine Villemin est innocente, et "il existe contre Bernard Laroche des charges très sérieuses d'avoir enlevé Grégory Villemin le 16 octobre 1984" (arrêt de non-lieu cité p. 349). Etait-il pour autant l'assassin? L'arrêt de non-lieu ne le dit pas, et, à juste titre, l'auteur n'entend pas accabler un mort qui n'est plus là pour se défendre. Saura t-on un jour qui a tué le petit Grégory? "Bien qu'il soit permis et légitime de l'espérer, les derniers pas vers la vérité ne se produiront peut-être jamais." répond le colonel Sesmat (p. 351). En attendant de découvrir cette vérité, nous ne pouvons que conseiller la lecture de ce témoignage de première main sur l'une des plus retentissantes affaires criminelles de notre époque.
Frédéric VALANDRE.
15 juin 2005
Outreau c'est trop! Sur cette affaire et bien d'autres, un juge prend la parole...
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L'affaire d'Outreau a amené à se poser de sérieuses questions sur le fonctionnement de la Justice française. Juge d'instruction pendant dix ans, Georges Fenech apporte sa contribution au débat dans un essai qui résonne comme un cri du coeur, ou un coup de gueule. Dans la ligne de mire: le juge d'instruction, "figure emblématique du système inquisitoire reposant, depuis la Révolution, sur les épaules d'un homme isolé dans le secret de son cabinet et livré à son libre arbitre." (4e de couverture) Personnage-clé qui peut devenir un digne émule de Saint-Just, le tristement célèbre "Archange de la Terreur", expédiant telle ou telle personne à l'échafaud médiatique. De Henri Pascal (drame de Bruay-en-Artois) à Fabrice Burgaud (Outreau), en passant par Jean-Michel Lambert (affaire Grégory) et Marie-Odile Bertella-Geffroy (affaire Buffalo Grill): l'auteur ne manque pas d'exemples pour étayer sa thèse. En outre, il fustige le star-system dans lequel se fourfoient certains juges chargés des affaires politico-financières, "tombant dans l'arène médiatico-judiciaire imcompatible avec l'éthique forgée, d'indépendance, d'impartialité et de désintérêt personnel" (p.84); des personnalités telles que Eva Joly et Eric Halphen en prennent ici pour leur grade. A juste titre, le livre pointe du doigt l'idéologie subversive imprégnant depuis trop longtemps le Syndicat de la Magistrature- voir l'ahurissant discours du juge Oswald Baudot reproduit pages 75-76. Conclusion: "ayons le courage de passer cette procédure archaïque à la trappe, pour nous doter enfin d'une législation digne d'une grande démocratie, qui préserve les intérêts de la société sans écraser ceux de l'individu." (p.129) (1) A la fin de son ouvrage, Georges Fenech propose dix mesures "pour en finir avec la "justice inquisitoriale"" (p.134). Libre à chacun d'être d'accord ou non avec les dites propositions, et de façon plus générale avec certaines remarques contenues dans cet essai. (2) Comme qui dirait: le lecteur est seul juge! Frédéric CHATAIGNER (1) Il y a huit ans, M. Fenech était hostile à la suppression de cette procédure: dans Main basse sur la Justice (Paris, Jean-Claude Lattès, 1997) il critiquait Me Daniel Soulez-Larivière à ce sujet, lui reprochant de vouloir s'inspirer du modèle anglo-saxon (p. 202-203). Les affaires récentes (Outreau, entre autres) l'ont fait changé d'avis. (2) L'auteur évoque l'affaire Patrick Dils aux pages 30-31; il s'interroge notamment sur les aveux passés en garde à vue par le jeune homme. Le mieux est de se reporter à l'entretien avec Yvette Vilvert, présidente de la cour d'assises du Rhône qui a acquitté Dils en avril 2002, paru dans Le Figaro du 27 avril 2004: "Aujourd'hui encore, ils [les aveux] me hantent (...) Patrick Dils donne une version du crime qui correspond parfaitement au constatations faites sur les lieux. Il ne se trompe pas dans l'ordre d'utilisation des pierres ayant servi à tuer les enfants. Il donne des détails qu'on n'invente pas, déclarant par exemple, que "cela faisait le bruit d'un melon qu'on écrase""... |
27 mai 2005
Omar vous a rouler
Omar
l'a tuée
par
Georges Cenci
Editions L'Harmattan
Prix : 25.65 €
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Depuis plus de dix ans, nous assistons en France à une spectaculaire opération de bourrage de crâne, au nom d'un antiracisme dévoyé, qui vise à nous présenter le meurtrier d'une femme âgée comme ayant été la victime d'une monstrueuse machination judiciaire. Quatre ans après le journaliste François Foucart, le capitaine de gendarmerie Georces Cenci, qui a dirigé l'enquête sur la mort de Ghislaine Marchal a pris la plume, bien décidé à publier "la vérité judiciaire, et non la vérité médiatique."
Cette vérité judiciaire, l'auteur la rétablit de façon claire, percutante, fort d'une remarquable connaissance de l'affaire dont il fut l'un des principaux protagonistes: non, l'enquête (qui a duré près de deux ans: du 23 juin 1991 au 14 avril 1993) n'a été ni baclée, ni mal ficelée, Omar Raddad- qui ne correspondait guère à "l'image parfaite et aseptisée de l'innocence que l'on a brossée à l'opinion publique" : porté sur les machines à sous et les prostituées, capable de réactions violentes lorqu'on lui disait "non"- n'a pas été victime du délit de faciès, les gendarmes ont exploré toutes les pistes (jusqu'en Suisse) et quoi qu'on en dise, des "faisceaux de présomption irréfragables" ramenaient au jardinier marocain. Donc, c'est en toute logique et en leur âme et conscience que les jurés de la cour d'assises des Alpes-Maritimes l'ont condamné le 2 février 1994 à 18 ans de prison.
Le capitaine Cenci remet également à leur place les bruyants supporters d'Omar, ses avocats -plus doués quand il s'agissait de défendre leur client devant les micros que devant les assises- les détectives Bernard Naranjo et Roger-Marc Moreau (le premier engagé par Me Baudoux, le second par Me Vergès) qui se sont spécialisés dans les rebondissements foireux et les faux coupables de substitution, sans oublier l'infatigable-et insupportable- responsable littéraire du Figaro, Jean-Marie Rouart, "l'Immortel", "le bâtisseur d'innocence", condamné en diffamation pour avoir vilipender le déroulement du procès alors qu'il n'avait jamais assisté à une seule audience! (1)
Par
ailleurs, il est difficile de contenir son indignation concernant les
accusations de racisme et de manipulation lancées par les partisans du
jardinier contre le capitaine et ses hommes, contre le président de la
cour d'assises de Nice Armand Djian; et quand on pense qu'il a été
soutenu publiquement que Christian Veuilleux, le fils de Ghislaine
Marchal, pourrait avoir été l'instigateur du meurtre de sa mère, c'est
bien simple, nous avons la nausée! (2)
Bref, que ceux et celles qui croient en l'innocence d'Omar Raddad ou qui ont des doutes sur sa culpabilité lisent cet ouvrage; en le refermant, beaucoup s'écrieront tel un Guignol célèbre: "On m'aurait menti?!" (3)
Frédéric CHATAIGNER.
(1) Récemment, l'histrion s'est encore fait remarquer dans Mots Croisés,
l'émission d'Arlette Chabot datée du 11 avril 2005, en affirmant au
cours d'un vif échange avec le célèbre avocat général Philippe Bilger
que Omar est innocent puisque 65% des français le croient! Vous avez
dit pathétique?
(2) Dans une autre affaire criminelle, une thèse du même genre a été soutenue: en effet, dans The Lindbergh Kidnapping Hoax (Boston, Branden Books, 1993) Gregory Ahlgren et Stephen Monier affirmaient que c'est le colonel Lindbergh lui-même qui était responsable de la mort de son fils Charles Jr.
(3) Il est peu probable que les journalistes des Dossiers du Canard Enchainé aient lu le livre ou qu'ils aient l'intention de le faire: dans leur dernière livraison, "L'horreur judiciaire" (N°95, avril 2005) ils reprennent les pires poncifs sur l'affaire- voir "Un pavé dans l'Omar" pages 32-33.


