Le blog du chatborgne / blog de livres

Les livres qui font Miaou dans l'actualité. Beaucoup de politique, un peu d'islamisme, de la culture et surtout de la Liberté et des livres.

12 octobre 2008

Achille Talon : L'archipel de Sanzunron

sanzunronIl fallait vraiment que je vous parle de cet album de Greg autour du personnage d'Achille Talon.

Cela non pas pour partager un goût particulier, mais parce que l'album donne l'occasion d'un véritable cours plaisant et convaincant d'économie. Le genre de cours de qualité que les profs de lycée (moi mis à part bien sûr) ne sont plus capables d'enseigner en sciences économiques et sociales.

Mais foin de pallabre, voici l'histoire un peu trop détaillée et expliquée, que cela ne vous empêche pas d'acheter le livre.

Lefuneste thésaurise, il refuse d'enrichir les banquiers et considère que l'argent aliène l'homme, il valorise les sociétés primitives fondées sur le troc et considère la société capitaliste comme non naturelle (on dirait du Polanyi).

Achille Talon est dubitatif, Lefuneste l'emmène donc sur l'archipel de Sanzunron, là où tout est gratuit, où l'argent n'existe pas.

Il se désole d'ailleurs qu'une société capitaliste ait encore l'outrecuidance de faire payer des billets d'avion pour cet archipel, déclarant que lorsque les habitants dudit archipel auront une compagnie aérienne elle sera gratuite.

En attendant l'agence de voyage mettant en avant l'argument du tout gratuit et du rejet du matérialisme leur fait signer un chèque en blanc.

Talon tique, il fait un rêve, projeté à l'époque préhistorique il met en avant son talent de peintre rupestre et bien que l'argent n'ait pas été créé il entend montrer qu'un système financier basé sur le troc est possible : " l'absence de monnaie n'empêche pas les à-valoir, les primes, l'intérêt ni les traites et les échéances, de plus un client motivé par une nécessité prioritaire n'hésite pas à faire monter les enchères, or , la satisfaction des deux parties reste entière. Donc me souvenir à mon réveil : le système existe forcément depuis la nuit des temps ! ".

Eh oui nous avons bien un système d'échange fondé sur une division du travail, avec un équivalent général (la viande périssable mais payable à échéance à travers un contrat à exécution successive). Et la spéculation même existe puisque la valeur des choses varient selon le besoin que l'on en a et ce besoin varie en fonction des circonstances.

 

Achille Talon découvre là la source de la valeur, et il constate : " dès qu'il a vécu en société, l'homme a découvert le principe de la spéculation."

Arrivés sur l'archipel, Talon se rend compte que les opérations de troc se font sur le dos des touristes bobos : obligés d'avoir recours à une embarcation pour se rendre dans l'île de Trokhatouva, ils paient la traversée au prix de services exhorbitants.

Lefuneste est contraint de laver toutes les chaussettes du passeur sans limitation. L'hébergement spartiate est ensuite troqué contre de lourds travaux de voirie pour nos deux compères.

Talon utilise lui le système du troc en l'adaptant pour le mieux à ses besoins, par le troc il acquiert ainsi un outil de travail qui lui permettra de s'acquiter de sa corvée sans peine. Comme un bon capitaliste il investit donc - notion de détour de production de Böhm-Bawerk -. Il troque même ce qui n'existe pas encore (les portées de ses lapins) contre un bien dont il fait une utilisation immédiate, inventant le marché à terme.

Mais un problème survient : celui de la garantie des paiements à échéance.

En effet un contrat de troc à exécution successive pourrait ne pas être honoré une fois que le bénéficiaire du troc a reçu sa marchandise contre la promesse de rendre un service sur un laps de temps donné. Ici un homme a reçu un pantalon, contre l'engagement de donner quotidiennement un poisson de sa pêche. Talon intervient donc et propose de conserver l'engagement du pêcheur pour garantir la bonne fin de la transaction

D'autres viennent le voir ensuite, tous ont des besoins à satisfaire et cherchent un troqueur qui pourrait accepter ce qu'ils proposent en échange, il devient l'intermédiaire de tous les trocs à réaliser et prend sa commission en nature. Comptant sur le faible nombre de personnes qui ne respectent pas leurs obligations, il assure également contre ce risque et permet la sécurité des transactions, une partie de sa commission couvre cet aléa.

L'intérêt du système est qu'il n'est plus besoin d'attendre que l'échangeur possède ce que l'on désire pour que l'on effectue la transaction. En effet le troc immédiat pose le problème de la double coïncidence des besoins, il empêche donc chacun de se spécialiser dans une activité incertain qu'il serait d'y trouver un débouché. Alors que les promesses d'échanges permettent justement à chacun de se spécialiser dans la fourniture à terme de ce dont l'autre a besoin, la division du travail est désormais possible.

Mais en procédant de la sorte il s'attire l'animosité des habitants de l'archipel, lesquels ne peuvent plus imposer leurs conditions aux différents trocs. Effectivement l'organisation d'un marché du troc permet d'avoir accès à de plus nombreux échangistes et donc autorise de meilleures conditions de troc par le développement d'une concurrence. Les habitants viennent pour lui régler son compte, mais Talon a aussi troqué un service de sécurité qui les met en déroute. Une vraie police privée qui assure ses services contre rétribution.

 

Seulement voilà les habitants font usage du sabotage pour s'assurer que les engagements réciproques ne pourront être tenus, puis ils s'engagent à leur fournir de quoi survivre contre du travail sans limitation de durée. Pas de possibilité de refuser à moins de préférer l'exécution immédiate à la mitraillette. Talon prend le large avec Lefuneste et redébarque dans ce camp de travail socialiste avec son banquier. Il révèle que les fruits du travail gratuit étaient monnayés au bénéfice du chef des malfrats, mais dans une monnaie qui a été très fortement dévaluée. Furieux de s'être fait doubler par leur chef, les malfrats s'entretuent.

Débarassés de leurs parasites, les gogos deviennent résidents permanents et l'archipel obtient la reconnaissance de l'ONU. Nos touristes ne sont cependant pas dans un État tel que l'on en connaît à profusion, ils deviennent co-propriétaires, actionnaires de l'île comme leur dit le banquier. Leur modèle économique attirant la convoitise c'était le seul moyen d'éviter une guerre : l'île de Trokhatouva est privatisée.

Le banquier leur promet de leur avancer tout ce dont ils ont besoin, en échange de la livraison de leur travail futur. Lefuneste s'élève alors contre cette transaction, il refuse que la société de consommation entre ainsi sur l'île, les touristes rendus à la pensée rationnelle (faute de media certainement) lui jettent tout ce qu'ils peuvent à la tête.

Talon se lance alors dans un discours proprement libertarien : " Vous avez, en décidant d'appliquer l'échange travail-confiance, rendus à quelques-uns de nos ancêtres un hommage peu banal … Ils ont connu exactement les mêmes problèmes que ceux qui ont agité l'archipel de Sanzunron … Mais eux, ils n'avaient pas choisi. Ils ont peiné dur, ils ont subi les revers climatiques, la famine des récoltes ruinées, on a tenté de les exploiter, de s'approprier leurs biens en profitant de leur détresse passagère, tout comme ici …Ils s'en sont tirés, tout comme on vient de le refaire ici, ils ont inventé la banque ! "

Lefuneste s'excite, et Talon explique que depuis le début de leur arrivée, tous ont travaillé à rétablir la banque. " L'argent n'est qu'un symbole, Lefuneste. Il représente la traduction, en quelque sorte, des efforts de chacun. Et la banque existe pour améliorer, pour amplifier et utiliser au mieux ce résultat … "

Allez on achète :

http://www.amazon.fr/exec/obidos/ASIN/2205031317/chatborgne-21

Xavier Collet

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02 octobre 2008

Pour en finir avec une légende tenace...

Mesrine, ennemi public numéro 1 : Pour la rétablir la vérité

Jacques Mesrine était un Robin des Bois des temps modernes, une victime de la société, sommairement exécuté par la police le 2 novembre 1979 à la Porte de Clignancourt : voilà le genre d'âneries que certains rabachent depuis des années, au mépris de la vérité. Ancien inspecteur de police affecté au Groupe national d'intervention de l'Office central de répression du banditisme, et ayant à ce titre participé à la traque de "l'Ennemi public N°1", Jacques Nain a décidé à travers ce livre de "rétablir l'exactitude des faits qui ont conduit à la triste fin de Jacques Mesrine" (p. 7).

Bien sûr, l'auteur ne manque pas de nous rappeler le CV taché de sang de Mesrine, les nombreux crimes dans lesquels il fut impliqué, et de souligner que la seule anecdote qui a pu donner du crédit à la fable du Robin des Bois new look, c'est Mesrine offrant le champagne au commissaire Broussard et à ses hommes venus l'arrêter (p. 27) rue Vergniaud (Paris XIIIe), le 28 septembre 1973. Un peu léger pour bâtir une réputation de gentleman-braqueur... Un soi-disant gentleman, qui, par ailleurs, n'hésitait pas à battre sa compagne Sylvie JeanJacquot (voir son audition devant le commissaire Davos citée page 249-250). Quant à la profonde psychologie de ce triste sire, les extraits de l'interview accordée à Paris Match du 4 août 1978 (cités pages 47-49) sont plus que révélateurs. Apologie de meurtre ("et tant pis si malheureusement il y a des innocents derrière mes balles" dit-il) menace d'attentats terroristes (Mesrine fait directement référence aux Brigades rouges, à la Bande à Baader et aux terroristes palestiniens), et on en passe... Ce n'est pas pour être méchant, mais il faut vraiment avoir l'esprit tordu pour faire de cette crapule un bandit au grand coeur !

Mais l'ouvrage n'est pas à proprement parler une biographie du célèbre gangster. C'est avant tout un témoignage, la chronique policière d'une chasse à l'homme, rédigée dans un style vivant, alerte. Page après page, nous suivons Jacques Nain, ses collègues, et ses supérieurs hiérarchiques dans leur traque, marquée par les méfaits du "Grand Jacques" et de ses complices, tel l'enlèvement du milliardaire Henri Lelièvre (p. 101-138) ou la séance de tortures infligée au journaliste de Minute Jacques Tillier (p. 144-149)... jusqu'au 2 novembre 1979. Du récit de Jacques Nain, il ressort que les policiers n'avaient pas d'autre choix que d'abattre le gangster : celui-ci s'apprétait à dégainer deux armes de poing et à dégoupiller deux grenades (p. 236). En clair, c'est un carnage qui a été évité ce jour-là, et si la thèse de la légitime défense a été retenue par la Justice, ce n'est pas sans raisons.

Bref, ce témoignage d'un ancien officier de police judiciaire mérite d'être lu, avant de découvrir les deux films consacrés au truand, L'instinct de mort et L'ennemi public N° 1 (sortie les 22 octobre et 19 novembre 2008). Jacques Nain craint que ces deux films ne soient à la gloire du personnage. Pour ma part, j'espère que Vincent Cassel interprétera Mesrine tel qu'il était, car ce comédien est très doué pour jouer les canailles et autres psychopathes (voir ses prestations dans Le Pacte des Loups ou Sheitan). Réponse dans trois semaines !

Frédéric Valandré.

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Consulter également le site de Jacques Nain.

Posté par chatborgne à 11:21 - affaires judiciaires - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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