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10 juillet 2008

Les vraies lois de l'économie, Jacques Généreux

41V626P827L__SS500_« Les vraies lois de l’économie » de Jacques Généreux, professeur à Sciences Po et contributeur habituel d’Alternatives Économiques ont donné l’occasion d’émissions régulières sur France Culture, puis à un ouvrage que l’on trouve dans tous les CDI et les bibliothèques universitaires.

Il s’agit d’un ouvrage de vulgarisation dont l’objet est de mener une charge assez maladroite contre le libéralisme.

Je me propose de vous le commenter dans ce qui suit afin de mettre en évidence les procédés employés parmi lesquels des straw men (arguments faux prêtés à ses adversaires afin de les contredire sur autre chose que ce qu’ils disent), des procès d’intentions et autres contre-vérité flagrantes. Dommage que la plupart des étudiants n’aient plus aujourd’hui le bagage intellectuel pour apporter la contradiction à cet ouvrage.

P50-51 D’abord l’argument pour simples d’esprit qui consiste à présenter les libéraux comme un syndicat des riches contre les pauvres :« La victoire politique du néolibéralisme ne peut s’afficher comme une victoire des puissants sur les faibles, des riches sur les pauvres. Il lui faut donc maquiller sa victoire politique, en nécessité scientifique pour décrédibiliser et décourager la contestation. »

C’est évidemment un argument absurde puisque la victoire du libéralisme n’est pas politique, elle résulte avant tout de l’échec du marxisme et de l’interventionnisme qui se sont heurtés justement aux réalités économiques.

Quant à dire que les lois de l’économie sont une construction des hommes et qu’elles n’ont rien de scientifiques. Il faut rappeler que l’économie est une branche de la praxéologie, et donc ses lois sont celles de la nature humaine que les lois des hommes ne peuvent changer.

Chacun recherche son intérêt et minimise ses peines, certains prennent des risques en fonction des gains qu’ils en attendent, d’autres préfèrent la sécurité. La décision en fonction d’un calcul coûts - avantages est universelle.

P56-57 Généreux cherche ensuite à démontrer que les référents libéraux pouvaient se montrer de fervents étatistes : « Say consacre de longs développements à montrer que toute activité matérielle ou immatérielle, marchande ou non marchande, est créatrice de richesses, dès lors qu’elle est utile à quelqu’un. Le précurseur du modèle néoclassique libéral ouvre ainsi, malgré lui il est vrai, la voie d’une critique de la marchandisation du monde ! »

Effectivement, Jean-Baptiste Say dit bien cela, et il n’y a rien là dedans contre la « marchandisation » au contraire puisque c’est le marché qui révèle l’utilité ressenti par chacun pour telle ou telle consommation.

Ainsi si le coût d’un service public est supérieur au prix que j’aurais payé sur un marché pour l’obtenir, c’est que son utilité pour moi est moindre que son coût. Ce service m’est utile, oui, mais pas à son prix qui m’est imposé (au sens premier du terme d’ailleurs), à ce prix là il devient donc désutile puisque je ne peux me soustraire à son règlement. Il existe aussi des services que l’on paie mais que l’on ne consomme pas. Demandez aux parents qui choisissent le privé hors contrat l’utilité pour eux de l’école publique. Le problème des services non marchands n’est pas qu’ils soient inutiles, mais qu’ils seraient mieux gérés par le privé à moindres coûts et à meilleure qualité. Car la gestion publique gonfle les coûts et dégrade la qualité faute de concurrence.

P58-59 Mais Généreux insiste décidément : « Il suffit qu’un être au monde considère les biens publics comme utiles à son bien-être pour en faire des richesses en soi. Et comme seul l’individu souverain peut savoir comment les ressources disponibles doivent être réparties entre biens publics et biens privés, la théorie économique est incapable de définir a priori un bon niveau d’État. Seule la délibération entre les individus souverains permet d’effectuer un choix collectif légitime sur le partage biens publics / biens privés. Ainsi même cette théorie de la valeur qui va fonder la souveraineté du consommateur fonde aussi – malgré elle peut-être – la souveraineté du citoyen. »

Soit, mais est-il logique qu’il réclame à toute la collectivité de payer pour un bien dont son jugement sur l’utilité le conduit à lui accorder une valeur mille fois plus grande que n’importe qui d’autre ? Car c’est bien ainsi que fonctionnent les entreprises publiques.

Il serait plus logique qu’il vote avec son portefeuille en payant ce bien sur un marché à un prix inférieur à l’utilité qu’il lui attache. Certes ce bien pourrait ne pas exister si ses voisins lui accordent une utilité plus faible que son coût. Mais est-il juste que sous ce prétexte, tous paient éprouvant ainsi une désutilité pour satisfaire un seul ? Un utilitariste répondrait que l’utilité ressentie par ce seul homme est des millions de fois plus faible que la somme des désutilités éprouvés par tous les autres.

Maintenant on peut toujours les faire voter pour établir une plus juste répartition biens publics / biens privés, mais encore ne faudrait-il trouver dans ce vote la nuance qui veut qu’une désutilité forte puisse avoir le même poids en négatif que des utilités faibles. Impossible, seul l’argent exprime l’intensité de l’utilité…

P60-61 Certainement enlisé dans sa recherche du juste prix de chaque chose, ignorant que la valeur d’un même bien peut subjectivement varier selon la satiété, les circonstances, Généreux entend disqualifier une valeur qui bougerait également suivant les anticipations de la valeur future d’une marchandise. La spéculation, c’est pas beau : « La valeur marchande d’une entreprise, d’un appartement, d’un terrain, d’une matière première peut connaître des fluctuations considérables, en partie provoquées par la spéculation, dont rien ne permet de penser qu’elles s’accompagnent de variations équivalentes de l’utilité des biens en question.»

Il faut donc rappeler que le prix reflète bien la confrontation entre des visions subjectives de la valeur des biens, si le prix est inférieur à l’estimation de l’utilité de certains, ils se porteront demandeurs. Mais s’ils sont trop peu à formuler une demande en considération du niveau de l’offre, alors les prix baisseront pour attirer de nouveaux demandeurs pour lesquels les prix passeront en dessous de l’utilité qu’ils attachent à ces biens.

Quant à la volatilité des prix des valeurs mobilières, la dissymétrie des informations fait penser que ceux qui achètent connaissent des éléments indiquant une valeur plus importante que l’on ne croit (rumeur d’OPA, contrats mirifiques).

L’immobilier monte plus qu’il ne baisse, il sert de valeur refuge face à un système de retraite en faillite. Sa valeur a bien augmenté considérablement de par l’utilité supplémentaire dans un contexte d’avenir incertain.

P62-63 Mais  décidément ignorant de la notion subjective d’utilité, il persiste : « Le fait que la même voiture soit plus ou moins chère des deux côtés d’une frontière, parce que les taxes y sont différentes, n’indique en rien que les habitants des deux pays concernés lui attribuent une valeur différente …

Il paraît même raisonnable de supposer que c’est le café que vous payez un peu trop cher, par rapport à vos habitudes, qui vous procure le moins de satisfaction, parce que vous avez le sentiment d’être rançonné (note : avec un tel raisonnement on comprend pourquoi les services payés par les prélèvements obligatoires nous apportent une si faible satisfaction) par un cafetier qui profite exagérément de sa situation. Vous ravalez votre rancœur, parce qu’il n’y pas d’autre bar meilleur marché à un kilomètre à la ronde, mais vous ne négociez rien. »

Quelles que soient les variables qui agissent sur la fixation des prix, des prix plus faibles entraînent un surcroît de demande, des prix plus élevés entraînent une baisse de la demande. Ce ne sont pas les habitants qui attribuent une valeur différente, ce sont les individus, alors que les habitants sont une totalité. Si une voiture plus chère en Allemagne trouve aisément preneurs c’est qu’à pouvoir d’achat équivalent un plus grand nombre d’Allemands apprécient ce modèle.

L’utilité varie sur les personnes, mais, et il faut le rappeler à nouveau, elle varie aussi selon le temps et le lieu. Un verre d’eau peut être vendu une fortune au Sahara. Un cafetier qui profite de sa situation devient sélect, et l’utilité dépend aussi du cadre. S’il créé un mécontentement il perd ses clients et ne peut se contenter d’une clientèle de passage flouée. En réalité le cafetier cher ne peut maintenir ses tarifs que s’il crée une utilité supplémentaire qui n’a qu’un rapport indirect avec le café vendu. Sinon qui continuerait à boire un café en terrasse à Saint Tropez ?

P78-79

Heureusement, en Généreux s’allume quelquefois une étincelle de lucidité : « Dans un monde caractérisé par l’imperfection radicale de l’information, il est en effet insensé de traiter le fonctionnement des marchés comme la solution d’une équation qu’un ordinateur trouverait en quelques nanosecondes, si seulement on pouvait lui fournir toutes les données nécessaires. Les marchés réels ne sont pas des équations d’offre et de demande ; ils sont constitués par des conventions, des lois, des institutions, qui tentent d’organiser la révélation et la circulation des informations nécessaires aux échanges (note : qui perturbent souvent ces informations en envoyant des signaux faux). Tout l’intérêt d’une économie de marché, et parfois sa supériorité sur d’autres modes d’organisation, n’est pas de tendre vers un modèle abstrait qui n’a aucune espèce de chance d’exister dans la réalité. Il est paradoxalement d’être une réponse adaptée à l’imperfection des marchés ! »

P76-77

Mais le marché reste néanmoins pour lui, la source de profonds déséquilibres : « Des entreprises confrontées à un recul inattendu de leur demande réduisent leur production et l’emploi au lieu de baisser leurs prix ; elles transmettent ainsi le déséquilibre du marché des biens vers le déséquilibre du marché du travail. »

La baisse de la demande va bien évidemment ne pas seulement agir sur les prix, mais aussi sur les quantités produites. Ce qui compte c’est le retour à l’équilibre offre-demande.

En réalité face à une baisse de la demande les industriels s’orienteront vers des activités plus porteuses, mais de plus en plus souvent certains obtiendront de se faire subventionner ou de limiter la concurrence étrangère. Ce qui importe c’est de ne pas se reconvertir et de maintenir les marges grâce au soutien public. Sous prétexte de ne pas mettre au chômage ceux qui ne s’adaptent pas et c’est ainsi que la société va se bloquer.

P88-89

Généreux aborde ensuite la notion d’externalités, une des marottes socialistes permettant de prétendre à l’inefficacité du marché dans certaines circonstances. Il évoque ici les externalités positives trop peu nombreuses : « Rares sont ceux qui ont vraiment envie d’être les « bonnes poires » qui paient pour les autres. En outre les « bonnes poires » le seront en pure perte, du point de vue de l’intérêt général, s’il n’existe aucune institution capable d’imposer la généralisation des comportements vertueux ».

Réaliser des économies externes n’est pas être une « bonne poire », plus qu’être un « producteur responsable » cela permet de capitaliser sur une image positive qui est aussi un argument de vente quand on sait communiquer. Au niveau individuel il existe aussi de nombreux comportements créant des externalités positives (voir Caccomo in « la troisième voie »). L’internalisation des effets externes na passe pas seulement par l’État, mais par l’attribution de droits de propriété sur l’environnement. Au contraire les réglementations vertueuses peuvent avoir des effets détestables : vaccination obligatoire et sclérose en plaque, hormone de croissance et encéphalopathie, amiante et cancers. Quant aux biens publics, les œuvres musicales, cinématographiques et les phares devraient en être.

Des biens collectifs devenus abusivement publics, dont l’existence théoriques a des conséquences très profondes sur l’étatisation de la société :« Par ailleurs, en 1956, Kelvin Lancaster et Richard Lipsey ont établi le théorème de l’optimum de second rang : si les conditions nécessaires à l’optimum de Pareto ne sont pas réunies dans un secteur de production, alors ces conditions ne permettent plus d’atteindre l’optimum dans les autres secteurs. Pourquoi cela ? Parce que, dès l’instant où l’intervention de l’État est absolument nécessaire pour certains biens publics, cela entraîne des dépenses publiques, des impôts, qui modifient les décisions de tous les acteurs, par rapport à celles qu’ils auraient prises dans une économie régie seulement par des marchés concurrentiels. Lancaster et Lipsey démontrent que ces distorsions dans les choix privés interdisent aux mécanismes de la concurrence pure et parfaite de garantir une allocation efficace des ressources »..

P90-91

On découvre ensuite une limite majeure du critère d’efficacité des économistes : « Toute décision apparemment prise au nom du seul souci d’efficacité pose un problème de justice, dès l’instant où elle modifie le bien-être d’au moins un individu, et même si elle ne modifie pas la situation des autres individus. Les autres peuvent en effet être jaloux, ou considérer qu’ils devaient être prioritaires pour une amélioration du bien-être. Dans la mesure où toute action est susceptible d’engendrer pour certains le sentiment d’être gagnant ou d’être perdant, toutes les situations sont optimales au sens de Pareto : on ne peut jamais rien changer sans détériorer le bien-être d’au moins un individu. Le critère de Pareto n’effectue donc aucun tri préalable dans le champ des choix possibles. Tous les choix privés peuvent soulever de manière plus ou moins aiguë la question de la juste répartition du bien-être. Les responsables politiques ne peuvent donc s’en désintéresser, parce que seuls des choix collectifs peuvent trancher la question de la justice. »

Le marché même en présence de situations optimales créé frustration et jalousies. Ce qui compte ici n’est pas la situation optimale des utilitaristes mais la sensation de profiter au maximum. Ceci nous amène aux considérations de Bastiat, l’État existe de l’illusion qu’il donne à chacun de pouvoir vivre aux dépens de ses voisins. C’est certainement cela l’optimum de l’auteur, c’est-à-dire non pas un optimum économique mais un optimum pressenti. On peut remettre en cause les choix privés, mais pas les choix publics, puisqu’il paraît que ce sont les choix de tous, sans que nul n’ait jamais réussi à l’établir.

En page 96, Généreux évoque la remise en question de la meilleure efficacité de l’État face aux limites du marché. Il faudrait effectivement : « 1 . Que l’État doit capable de déterminer des choix collectifs précis et cohérents qui correspondent au bien-être collectif ; 2. Que là où le marché ne produit pas une allocation optimale des ressources, l’État soit nécessairement plus efficace que le marché ; 3. Que les décideurs publics recherchent toujours et uniquement le bien-être collectif. »

Et il en concède que « des méthodes parfaitement démocratiques ne permettent pas de déterminer, à partir des préférences individuelles des citoyens, des préférences collectives dont on pourrait affirmer qu’elles correspondent à un optimum social. En conséquence, comme le soupçonnait Tinbergen, dès 1952, la seule conception du bien-être social que des politiques publiques peuvent effectivement réaliser est la conception personnelle des décideurs.  Il est dès lors essentiel de s’interroger sur la capacité de ces derniers à mettre en oeuvre efficacement cette conception, et sur les motivations réelles, et non idéalisées, de l’action publique. »

En pages 98-99 il rappelle le théorème de Coase : « En présence d’une imperfection quelconque qui écarte un processus de production ou d’échange de l’optimum de Pareto, et les coûts de transaction sont nuls, les individus rationnels négocieront de nouveaux accords de façon à restaurer cet optimum. Si les coûts de transaction rendent cette dernière solution impossible – ou plus coûteuse que les bénéfices qu’elle produirait -, les individus rationnels auront recours à des institutions qui se substitueront aux échanges spontanés des processus organisés et régulés, en sélectionnant la ou les institutions qui présentent le rapport coût/avantage le plus favorable … En bon libéral, Stigler exploite naturellement le théorème en question pour suggérer que l’intervention de l’État n’est pas nécessaire, même en présence d’externalités, parce que des agents rationnels sont capables de rétablir l’optimum par la libre négociation. »

Il fallait donc bien terminer par une pique mais franchement on se demande comme le raisonnement de Stigler serait attaquable, à moins que le label libéral soit une accusation qui se suffise à elle-même.

Pages 124-125. Généreux s’en prend à la « mauvaise concurrence », fruit du libéralisme bien sûr. Il en cite comme conséquences la crise de la vache folle ou du sang contaminé. On sait que c’est en refusant le soja transgénique que les paysans français ont nourri leur bétail avec des farines animales. Le drame résulte d’un défaut d’information sur les effets des produits nocifs voire létaux mis en circulation, rien à voir avec la mauvaise concurrence. Par contre le sang contaminé a été sciemment distribué par ordres venus d’en haut, c’est un crime d’État et on se demande encore quelle rapport avec la mauvaise concurrence nous serions invités à établir.

Dans les pages suivantes il en vient à critiquer l’ouverture à la concurrence des monopoles publics de réseau la privatisation de British Rail. Là visiblement l’auteur ne sait pas de quoi il parle lorsqu’il évoque l’ouverture de l’énergie et des transports. La concurrence n’implique pas du low cost qui mette en danger les hommes puisque les chemins de fer britanniques étaient vétustes. Quant à l’ouverture du marché de l’énergie en Californie elle s’est faite sans déréglementations, d’où des résultats catastrophiques.

Maintenant demandez au consommateur français s’il regrette l’ouverture à la concurrence des télécommunications et de l’aérien…

Généreux oppose ensuite le marché forcément inhumain à la société humaine. Pour lui dans une société chacun pense tenir sa place (ses privilèges et droits acquis peut-être), sur un marché l’individu est une marchandise ! Il faut lui rappeler que sur un marché l’individu décide, il évolue, il est le juge des marchandises proposées. Et si une partie de lui est marchandises, il s’agit des marchandises, des efforts qu’il fournit et qui l’incitent à se dépasser. Quelle horreur que le marché et vive la société dirait la cigale artiste qui tient son rang à la fourmi qui travaille.

Page 130-131. Il pousse à l’absurde son raisonnement opposant marché à société en mettant sur le dos du marché les phénomènes de délinquance de masse, Jean-François Revel avait pourtant déjà tordu le coup à de telles raisonnements. Mais il faut lire ce passage pour en goûter le grotesque sous la plume d’un professeur d’économie de Sciences Po (pauvre économie, pauvre France !) : « Mais comment les jeunes qui n’auront rien connu d’autres que la culture du marché (sic) et de la compétition pourraient s’imaginer membres d’une communauté humaine, d’une nation, dotés de droits égaux dont l’exercice dépend de leur respect par les autres, et donc très exactement des devoirs que chacun se reconnaît envers les autres ? Une société qui dit à ses enfants que la vie n’est pas une entreprise collective mais une compétition individuelle permanente récole ce qu’elle a semé : des jeunes qui se battent les uns contre les autres. La guerre économique nous prépare à la guerre civile. »

La culture du marché serait donc le vol, la rapine, la menace et l’extorsion, le communautarisme et l’exclusion du déviant, de celui qui est différent, qui possède la singularité de vouloir penser par lui-même? Nous sommes là au contraire dans l’importation de mode de vie tribaux, ceux-là même fondés sur des aspects culturels qui font l’admiration de certains gauchistes. Ces jeunes des cités pleins de ressentiments sont aussi les enfants du système français. Un système éducatif victimaire, empreint de délires bourdieusiens contre la culture bourgeoise (du marché ?) n’a cessé de leur seriner qu’ils sont discriminés, leur a inculqué la haine de la réussite individuelle au nom d’un égalitarisme par le bas qui désigne celui qui s’élève comme faiseur de pauvres. Comment pourraient-ils aspirer à une réussite sociale honnête quand l’effort est moqué, l’individualisme réprimé, que les droits positifs, les faux droits pour lesquels d’autres doivent payer, sont accordés sans contreparties, que le gauchisme ambiant dicte qu’il suffit d’exiger et de se montrer offensif pour que les autres paient. La LCR ne s’y trompe d’ailleurs pas en faisant des cités un vivier pour son organisation anti-libérale, en faisant des arabes de banlieue ce nouveau prolétariat à qui tout est dû, les Zebda aussi de la LCR les avaient d’ailleurs mobilisés en motivés quelquefois casseurs à Toulouse.

Page 140-141. Généreux, chevalier blanc de l’impôt : « l’impôt n’est pas plus un « prélèvement » opéré sur les richesses engendrées par la production nationale que ne le sont les prix payés pour acheter des tomates ou des automobiles. Comme ces derniers, l’impôt mesure le coût de production d’un bien et le prix à payer pour disposer de ce bien.
L’impôt ne diminue pas plus la richesse nationale que ne le fait le paiement de votre loyer ou de votre facture d’électricité. »

Le prélèvement entre guillemets laisse songeur. L’impôt est bien un prélèvement obligatoire et les sommes prélevées ne sont plus disponibles pour que le contribuable les épargne ou les affecte à telle ou telle consommation de son choix. Généreux avait pourtant bien cité Tinbergen, alors pourquoi faire preuve ici de mauvaise foi ? L’État dépensera les impôts perçus en fonction d’objectifs ou de priorités qui ne sont pas ceux des individus ponctionnés. Les dépenses publiques traduisent donc une déperdition d’utilité au niveau global car les individus auraient consacrés leur argent imposé dans des dépenses différentes des dépenses publiques (et si ce n’était pas vrai alors à quoi servirait l’impôt). Et dans certains cas des dépenses publiques n’emportent pas l’approbation de ceux qui les financent, leur objet peut même devenir une source de nuisances.

La socialisation des dépenses est bien facteur d’aliénation et de gaspillages dans la mesure où elle limite les choix individuels en matière de consommation et déconnecte l’impôt de la dépense en donnant l’illusion de la gratuité et donc la consommation sans freins et sans
précautions même à faible utilité induite.


Généreux essaie ensuite de démonter Tinbergen et nous sort la théorie de l’impôt optimal de Wicksell et Lindhal : « Selon ces derniers, l’impôt juste et efficace serait celui qui à chaque dépense publique ferait correspondre une modalité de financement choisie par les électeurs à la quasi-unanimité ou à une très forte majorité qualifiée. Une procédure parfaitement démocratique de détermination des dépenses publiques et de leurs modalités de financement conduirait à une situation où l’impôt que chacun acquitte est exactement égal au prix qu’il est disposé à payer en contrepartie des biens publics. »

Pourtant l’impôt n’est pas non plus le prix librement consenti des biens publics par la prestidigitation du vote. On ne connaît de prix librement consentis que ceux effectivement payés sur un marché. La logique des dépenses publiques est autre, le paradoxe de Condorcet est suffisant pour affranchir les décideurs de la considération des choix de la majorité silencieuse des électeurs.


Mais l’auteur n’en démord pas, l’impôt n’est pas un prélèvement obligatoire car tous ne le paient pas et peuvent profiter des dépenses publiques, il ne semble parler là que de l’impôt sur le revenu, mais il a raison effectivement, on peut choisir de ne pas travailler ou de ne pas trop évoluer dans l’échelle sociale pour ne pas payer d’impôt, voilà un choix intéressant. Pour appuyer sa démonstration de l’impôt non obligatoire, il ajoute : « Dans une démocratie, personne n’est contraint de vivre dans son pays. Un individu en désaccord avec le niveau des
dépenses publiques et des impôts est toujours « libre » de s’exiler ou de se suicider ; l’impôt est donc librement consenti par tous ceux qui « choisissent » de vivre dans un pays quelconque.
» Voilà, vous ne vous êtes pas suicidés donc vous consentez à l’impôt !
Il n’est pas douteux que les services fiscaux soient à l’origine d’un certain nombre de suicides et je pense qu’il serait normal de le déplorer. Quant à ceux qui s’exilent pour raison fiscale, ils existent aussi, mais ceux qui restent ne sont pas pour autant des payeurs volontaires. Rappelons que l’impôt ne sert pas seulement à réaliser des dépenses, il finance aussi des investissements de toute sorte, il permet d’accroître le périmètre du domaine public. Chaque citoyen possède donc une quote-part du patrimoine public, il l’a financé et s’il s’en va,
contrairement à l’actionnaire d’une société qui peut revendre ses actions, il perdra sa part. Cette perte est dissuasive. Mais elle peut cependant s’avérer plus faible que celle liée la résidence perpétuelle dans un enfer fiscal.

Généreux s’en prend donc à la concurrence fiscale. Pourtant le fait même que cette concurrence fiscale existe prouve bien le caractère non volontaire de l’impôt pour certains nationaux puisque sans avoir à s’expatrier, ils peuvent faire circuler leurs capitaux vers des paradis fiscaux.
À ceux qui ne se sont pas expatriés et qui ont renoncé au suicide, Généreux fait la leçon : « La mobilité parfaite du travail et du capital n’est que le modèle d’une minorité de grandes entreprises et d’individus qui, parce qu’ils pensent tirer le plus grand profit de l’abolition des
frontières, voudraient imposer ce modèle à la planète ». Réfléchissons à la fertilité de la pensée de ce professeur de Sciences Po qui considère qu’il est offensif d’imposer l’absence de coercition !!!.

Quant aux autres, ces biens citoyens dont on regrette les choix comme dirait Chirac
: « Laissons partir ceux qui ne veulent plus être nos concitoyens et accueillons ceux qui choisissent de vivre avec nous : nous gagnerons au change. »
En réalité la profession de foi nationaliste de Généreux est un aller sans retour vers la tiers-mondisation de la France : les cerveaux, les entrepreneurs vont partir vers des cieux fiscaux plus fastes, les sans qualifications vont entrer dans la France de la RMI et de la CMU. Ah
oui, on va gagner au change bien sûr.

Que répond Généreux à cela : il faut que les gens soient citoyens c’est-à-dire que les entrepreneurs doivent être fiers de payer le plus possible à l’État et que les immigrants ne doivent pas profiter des avantages sociaux. Pour cela : «
il reste une voie singulièrement
négligée qui nous protégerait aussi de l’exode des talents : l’éducation et la promotion d’une culture de la citoyenneté. (…) Une société qui éduque à la solidarité et qui valorise les choix collectifs au lieu de les dénigrer fabrique des générations de citoyens.
»
Je ne me permettrais pas de rire mais de déplorer une solution si lamentable qui rappelle celle des propagandistes de l’homme nouveau, on en connaît les déplorables résultats de Berlin Pankow à Vladivostok.


Le dernier chapitre consacré au démontage de la « théologie néolibérale » est un sommet de mauvaise foi. Les « néolibéraux » y apparaissent comme une secte partisane de la théorie de l’équilibre walrasien et pourtant en début d’ouvrage l’auteur avait bien précisé l’accusation scientiste faite par Hayek aux Néoclassiques

Incapable d’attaquer cette secte Libertarienne dont il pense pis que pendre, Généreux travesti donc notre pensée, l’utilisation du straw man lui permet aussi de traiter les Libertariens d’ignares et de faire de faux procès : « Mais il faut déplorer, hélas, que comme dans tout mouvement religieux, ils traînent à leur suite une cohorte de manipulateurs et d’esprits plus médiocres, qui ne tirent leurs profits ou leurs gratifications symboliques que du rabâchage primaire de la doxa. Les manipulateurs ne sont pas de vrais croyants, seulement des exploitants habiles des croyances dominantes. Ils seraient keynésiens ou marxistes si cela assurait mieux leur position, leur carrière et leur patrimoine. Ils sont à leur propre service et, par la même occasion, à celui des classes dominantes. »

Je vous garantie que je n’ai absolument rien inventé de cette dernière tirade, eh oui nos grands esprits comme

Jean-Louis Caccomo

, Pascal Salin, Bertrand Lemennicier, Jacques de Guénin gèrent des carrières académiques prestigieuses car ils sont libéraux voire libertariens. Alors que les Jacques Généreux, André Orléan, Philippe Frémeaux, Bernard Marris croupissent dans l’univers des économistes infréquentables.

Pourquoi cette injustice ? Mais parce que les libertariens sont au service des classes dominantes bien sûr, des jurys Salin pour l’agrégation il y en a chaque année et ils couronnent des libertariens, les quelques rares jurys d’agrégation keynésiens font l’objet de campagnes haineuses du monde académique et sont dans l’obligation de promouvoir des libéraux …

Voilà une conclusion à la hauteur de l’ensemble de l’ouvrage.

Je ne vous le conseille donc pas, surtout si le petit format sied mal à votre fondement, d’autant que les feuilles sont un peu trop rêches pour l’utilisation idéale d’une tel livre :

http://www.amazon.fr/vraies-lois-l%C3%A9conomie-int%C3%A9grale/dp/2020844818

Xavier Collet

Posté par chatborgne à 15:51 - Livres Economie - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

    Merci

    Merci de cette lecture critique. Etant données les arguments avancés par notre bon professeur, celle-ci était toutefois presque "facile", si j'ose dire.

    Posté par , 13 août 2008 à 16:46

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