24 février 2008
Petite histoire de la France monarchique
A en croire une certaine conception de l'histoire notre pays tel que nous le connaissons aujourd'hui est né en 1789. Raisonner ainsi, n'est-ce pas mettre sous le boisseau les rois qui ont "fait" la France ? Le journaliste Xavier Cheneseau répond par l'affirmative. Dans ce sympathique travail de synthèse, il nous invite "à la découverte, à la redécouverte et à la prise en compte de cette histoire" (p.11). Et c'est bien volontiers que j'ai accepté cette invitation, ayant lu son ouvrage en moins d'une nuit.
Après un rappel utile des éléments-clés de la monarchie française, et un survol historique des dynasties mérovingienne et carolingienne (p. 15-34), l'auteur nous présente chronologiquement les souverains qui ont règné en France, de Hugues Capet (941-996) à Louis-Philippe (1773-1850); bien entendu, il ne manque pas de souligner le rôle qui fut le leur dans la construction de notre pays.
L'intérêt majeur dudit ouvrage est qu'il fait revivre pour le lecteur des rois et des reines généralement peu connus du grand public, contrairement à des "célébrités" comme Philippe Le Bel ou Louis XIV. Soi dit en passant, les charmantes maîtresses de nos bons rois ne sont pas oubliées, loin de là, et on se demande parfois si le titre du livre, Histoire des Rois et des Reines de France, n'est pas incomplet ! Enfin bon, je chipote...
Xavier Cheneseau a également le mérite de pourfendre quelques idées reçues. Sur la prétendue homosexualité du roi Henri III et de son entourage masculin, qu'on appelait "les mignons" (p. 163-164 : c'est vrai, on peut tout de même pas confondre la Cour de France de l'époque avec la Cage aux folles !), mais aussi sur l'idée de Nation, qui, quoi qu'on en dise, existait bien avant 1789 puisqu'elle fut déjà exprimée par Louis XIV, Louis XV et Louis XVI. "En fait, avant la Révolution, la nation était une réalité qui trouvait son expression concrète en la personne du roi" explique t-il (p. 210).
Certes, le livre n'est pas exempt de défauts, j'ai relevé ça et là des erreurs (le fameux "vase de Soissons" n'a en fait jamais été brisé, page 18) et des coquilles : les Alamans (tribu vaincue à Tolbiac en 496 par Clovis) deviennent les Allemands (p. 18), et la chute de Napoléon n'est pas intervenue en 1817 (p. 219) mais en 1815. Oui, je sais, je suis un peu tatillon, ce doit être un tic d'historien !
Ceci dit, Histoire des Rois et des Reines de France demeure un ouvrage bien écrit, agréable à lire, qui s'achève en nous rappelant que la Monarchie n'est pas morte, puisque selon l'auteur, la Ve République telle que l'a conçue le général de Gaulle est d'essence capétienne : souci de la "réalisation [...] du bien public" (p. 228), de "l'indépendance et l'unité nationale" et de "la grandeur de la France dans le domaine international" (p. 229). En tous cas, voilà une lecture qui comblera les souverainistes et les amateurs d'histoire de France.
Frédéric Valandré.
14 février 2008
99 francs
99 FRANCS
99 francs est une autobiographie fantasmée.
Octave, le personnage principal est le jeune cadre d’une grande agence de publicité. Une sorte de schizophrène qui crache sur ses clients des multinationales, qui vomit une publicité aliénante au service du capitalisme.
Octave c’est Frédéric Beigbeder qui a lu Bourdieu, et qui pense avoir une opinion, une intégrité à défendre. Pourtant Octave a des trous dans le cerveau à force de se sniffer des rails de coke sur le capot de sa voiture. Il nage en pleines contradictions : dans un passage il se vante de pouvoir refiler n’importe quelle merde à n’importe qui, 50 pages plus loin il pleure sur la dictature des enquêtes de consommation qui le briment dans sa volonté de vendre ce qu’il veut comme il veut. Frédéric Beigbeder pleurnichera aussi sur la démocratie, il pensait pouvoir nous fourguer le parti communiste de Robert Hue, mais il réalise bien que la merde se vend mal.
Tout le reste du bouquin lui donne l’occasion d’éructer une philosophie de café du commerce : la croissance c’est pas bien, le développement c’est moche. On sent qu’il a dû se fader du Naomi Klein et jouer du copier-coller. Les fonds de pension ça créé du chômage et le sadisme c’est cool, du coup Octave et sa petite bande de naze(i)s bourrés de fric vont massacrer une retraitée en Floride entre deux partouzes bien dégueulasse dans des vapeurs d’alcool et de coke.
Octave va se retrouver en tôle mais tout va bien se terminer pour lui car il revient dans un autre roman à la recherche de jeunes beautés pour une agence photo. Il continuera à se faire sucer allègrement avant d’enculer deux Éthiopiennes et une Russe. Finalement, dans ce roman de latrine on se demande si ce n’est pas ce genre de détail qui sauve tout le reste.
Voila, maintenant que vous connaissez l’histoire, n’enrichissez pas Octave, n’achetez pas son bouquin.
Xavier Collet
Si vous avez quand même besoin de vous ruiner en PQ : http://www.amazon.fr/exec/obidos/ASIN/2246567610/chatborgne-21
P.S du Chatigré : le film n'a lui aussi qu'un intérêt limité, on remarquera la plastique de l'actrice principale, mais pas suffisament pour retenir son nom...
10 février 2008
Outreau : on ne savait pas tout
Quatre frères violés par leurs parents et par un couple de voisins, treize personnes (hommes et femmes) accusés d'appartenir à un réseau pédophile avant d'être blanchis par la justice des hommes, un autre décédé en prison : telles sont les victimes connues de l'affaire d'Outreau, qui a fait couler tant d'encre ces dernières années. Oui, mais... ce qu'on ignorait, c'est que ladite affaire a fait une autre victime : Ludovic Lefebvre, l'auteur du présent ouvrage, qui fut la cible de violences sexuelles durant son adolescence.
L'Oublié d'Outreau est un récit autobiographique, qui entend relater "un parcours sinueux, obscur ou oscille espoir et désespoir, amour et haine, pureté et perversité, recherche d'identité, quête de bonheur" (p. 11). Issu d'un milieu modeste, né de père inconnu, Ludovic Lefebvre est élevé par sa grand-mère et le concubin de celle-ci dans la région Nord-Pas-de-Calais. A l'âge de 15 ans, l'auteur est mis sous tutelle chez son médécin de famille, le docteur Michel Q. Un notable, médécin auprès de la commission des permis de conduire, président d'un club huppé, le club "des 41". Un personnage que l'adolescent trouve fort sympathique, du moins au début... Très vite, il découvre que le bon docteur, "le soigneur, le confident, celui qui réconforte, celui qui redonne confiance" (p. 55) est un pervers de la pire espèce, " rougeaud, violent, violeur, obsedé, casseur de personnalité, adorateur d'adolescent viril, alcoolique et pédéraste honteux, bien caché" (Ibid.). A ce propos, il est difficile de rester indifférent en lisant le récit, terrible, du premier viol subi par Ludovic Lefebvre (pages 50 et suivantes). Dans ce cauchemar, c'est paradoxalement Martine Q., épouse et complice du médécin pédophile, qui fera office de "bouée de secours"; "mon unique moyen à l'époque de garder ma virilité naturelle, de ne pas me sentir encore un peu plus lopette, misérable, de vivre avec l'humiliation" précise l'auteur (p. 64). Les années qui suivront seront celles de la descente aux enfers pour Ludovic Lefebvre : alcool, tranquilisants, drogues en tous genre, vols, bagarres... Douze ans d'autodestruction interrompus parfois par des trèves, des lueurs d'espoir, avant de replonger à nouveau. Soyons clairs : ça fait froid dans le dos !
Fin 1995/ début 1996 : l'auteur décide de porter plainte contre son bourreau. De prime abord, le "pédéraste honteux" semble bien parti pour se diriger vers la case "prison" : le dossier de Ludovic Lefebvre est solide, et le médécin n'hésitera pas à insulter et à menacer de mort la juge qui instruit l'affaire (p. 160). Pour compléter un tableau déjà édifiant, le docteur Q. a violé un autre adolescent (p. 139-141) et tué deux femmes et blessé grièvement une troisième alors qu'il conduisait en état d'ivresse (p. 141-142) Dans cette dernière affaire, il insultera encore copieusement le magistrat instructeur, Fabrice Burgaud lui même. Visiblement, si cet homme est bien placé dans la hiérarchie sociale, il l'est également dans la hiérarchie de la saloperie, si jamais elle existe.
Mais pour Ludovic Lefebvre, justice ne sera pas rendue. Quant il contacte son avocate pour le dépot de plainte, celle-ci confie ladite plainte à un confrère... qui connait le docteur Q. Résultat : la plainte est déposée avec un an et demi de retard, alors que le délai de prescription est dépassé depuis deux mois, ce qui oblige l'auteur à redéposer plainte en 1999. En 2004, lorsque la juge d'instruction décide de renvoyer le médecin violeur aux assises, le procureur de la République de Boulogne-sur-Mer fait appel, car il ne considère pas un ancien drogué tel Ludovic Lefebvre comme une victime crédible (les spécialistes de l'affaire d'Outreau reconnaitront sans peine ledit procureur, Gerald L.). Enfin, le retentissement de l'affaire d'Outreau, qui verra des accusés roulés dans la fange par les médias avant que ceux-ci n'effectuent un virage à 180° en les sacrant archanges, contribuera à placer sous le boisseau l'affaire de Ludovic Lefebvre. L'auteur frappe à de nombreuses portes pour faire connaître son histoire : journalistes (comme Florence Aubenas), avocats (dont Me Dupont-Moretti, un des médiatiques avocats de la défense dans les procès d'Outreau), associations (France-Justice). Sans grand succès. A ce jour, si Ludovic Lefebvre a touché une indemnité de 20 000 euros de la Justice, et si on a officiellement reconnu qu'il a été violé durant son adolescence, son bourreau n'est jamais passé en jugement, prescription oblige.
L'auteur pense que ce cher médecin qui a pignon sur rue a bénéficié d'une "justice de classe". Cela signifierait que dans un cas (l'affaire d'Outreau) on a considéré de prétendus "notables" comme des coupables en puissance ( quels notables ? L'un des accusés, Pierre Martel, que l'auteur connaissait bien d'ailleurs et qu'il a toujours soutenu, était chauffeur de taxi !) et dans le second cas (l'affaire Lefebvre) on aurait décrété qu'un notable est forcément non coupable. Ceci dit, Ludovic Lefebvre n'attaque pas l'institution judiciaire dans son ensemble, et rend hommage à ceux et celles qui ont tout fait pour que son affaire aboutisse (p. 237-238).
Dire que j'ai lu ce livre avec plaisir serait mentir : le récit qu'il relate m'a inspiré autant de dégout que de révolte. Mais c'est une lecture captivante (il m'a fallu moins d'un après-midi pour le lire), et salutaire. L'Oublié d'Outreau m'a conforté dans mon opinion : à force de répéter " Mieux vaut un coupable en liberté qu'un innocent en prison", on risque d'oublier que les deux cas de figure sont aussi graves l'un que l'autre, quoi qu'on en dise.
Frédéric Valandré.
Pour vous procurer le livre : Achetez sur Amazon.
J'invite également nos lecteurs à consulter le site des éditions Tatamis et le blog de Ludovic Lefebvre.
.
09 février 2008
Death Sentence de James Wan, morale à coups de marteau
Vu dans l'avion le film Death Sentence de James Wan, sortie française 16 janvier 2008.
Bien loin de l'esprit du film "Un justicier dans la ville" de Michael Winner avec Charles Branson,
l'autojustice est présentée ici comme étant la pire des solutions, l'action d'un esprit égaré et fanatique.
J'ai peut-être été victime du décalage horaire, mais j'ai eu l'impression d'etre gavé de messages politiques tous aussi lourdingues les uns que les autres en visionnant cette oeuvre.
En résumé :
Le fils d'un cadre important d'une compagnie d'assurances se fait égorger par un gang cherchant une victime au hasard
(comme une hôtesse de l'air un 11 septembre en somme).
Le père, un américain propre sur lui interprété par Kevin Bacon, décide de se venger. Il va buter les membres du gang "à l'ancienne", avec couteau + tabassage préalable (Comme l'armée américaine qui débarque et bombarde des pays style Irak et Afghanistan, ouvre des centres d'interrogatoires secrets, etc...).
Résultat : les terroristes qui sont très méchants vont à leur tour se venger.
[Spoiler]
La police met pourtant en garde le père :
- "Police : Si vous démarrez une guerre vous ne savez pas où ça s'arrête.
- Père : Ouais, mais ils ont tué mon fils quand même.
- Police : Dans une guerre les deux parties pensent avoir raison c'est pour ça que ça ne s'arrête jamais"
Le père s'entête, donc c'est le carnage, le gang bute la femme et le fils du gars, le gars se venge à son tour... etc.
A la fin le père se rase la tête à l'instar des membres du gang, le chef des méchants lui faisant alors subtilement remarquer, au cas où le spectateur soit vraiment trop con pour comprendre le visuel : "tu t'es vu ? tu deviens l'un des nôtres" ( "Bonjour je suis scénariste, auriez-vous un peu de subtilité s'il vous plaît je suis cruellement en manque").
Là je donne une interprétation post-11 septembre du film, mais on peut le voir aussi comme un film sur le pré-11 septembre :
les USA sont méchants avec les terroristes-arabes-musulmans, ils se vengent le 11 septembre (butage de la famille du père), les Américains se revengent avec la guerre contre le terrorisme, etc ... c'est le chaos et tout le monde en prend plein la tronche (Irak).
Pour finir, je pose la question : qu'est censée représenter la police dans cette pesante métaphore ? L'ONU ?! ... Débile ... risible ... passez votre chemin.
Le Chat Tigré.
PS : pour la bonne bouche, blog d'un mec incapable de comprendre un film pourtant aussi clair : il voudrait sans doute que le réalisateur écrive en gros sur l'écran "Les Américains sont méchants et stupides, à bas l'impérialisme et vivre les peuples opprimés "



