28 juin 2007
"Rendez-moi justice": une "docu-fiction" partiale et partielle
Ceux et celles qui ont lu mon ouvrage France Intox savent que parmi les dossiers criminels les plus retentissants de ces dernières décennies, celui sur la petite Céline Jourdan est de ceux qui m'intéressent le plus. Aussi est-ce avec le plus grand intérêt que j'ai regardé Rendez-moi justice, la "docu-fiction" diffusée le 27 juin sur France 3 à 20h50, consacrée au procès de Richard Roman et Didier Gentil à Grenoble; procès qui a abouti à l'acquittement du premier et à la condamnation à la prison à vie du second le 17 décembre 1992.
Globalement, la presse n'a pas manqué de saluer cette reconstitution d'un "procès exemplaire" qui "a permis de faire éclater la vérité", à savoir la totale innocence de Richard Roman dans le viol et le meurtre de Céline dans la soirée du 26 juillet 1988 à La Motte-du-Caire (Alpes-de-Haute-Provence).
Certes, Rendez-moi justice est plutôt bien fait sur la forme, et il est un tantinet plus honnête que Faites entrer l'accusé, puisque le film n'occulte pas la déposition du docteur Christian Jullier, qui, lorsque il avait examiné Roman durant sa garde à vue, avait recueilli d'accablantes déclarations ("Quand on a vu la fille nue, on a perdu la tête"). Il n'empêche : de manière générale, cette "doc-fiction" demeure bien partiale; à l'exception de celui de Gilbert Jourdan (le père de la petite Céline, qui croit toujours en la culpabilité de Roman) tous les témoignages recueillis vont dans le même sens. Partiale, mais aussi partielle, hélas, car les étrangetés du procès sont totalement occultées :
sur les cinq magistrats qui ont instruit l'affaire, seul Yves Bonnet – qui, contrairement à ses collègues, croyait en l'innocence de Richard Roman – a pu s'exprimer devant la Cour.
le docteur Robert Sebaoun, un médecin qui a recueilli des déclarations spontanées de Roman à la prison des Baumettes en 1990, n'a pas été appelé à témoigner.
Didier Gentil a été bombardé de lettres émanant d'un groupe de pression lui demandant expressément d'endosser l'entière responsabilité du crime.
une liste de journalistes intéressés par une interview de Roman à sa sortie de prison a été dressée sur proposition du procureur général de la République Michel Albarède avant même que les jurés ne se retirent pour délibérer.
Tous ces points, et d'autres encore, ont été évoqués dans l'excellent bouquin du journaliste Robert Daranc, Une justice sous hypnose médiatique L'affaire Céline (Mallemoisson, Editions de Haute Provence, 1995). Cet ouvrage (dont un exemplaire m'a été offert par Mr Daranc lui-même) a été fort utile pour la rédaction de France Intox; j'y signalai que le livre est aujourd'hui introuvable, en édition "papier" en tous cas.
Le père de la petite Céline, qui a co-signé cet ouvrage avec Robert Daranc, a eu récemment l'excellente idée de le mettre en ligne dans son intégralité sur son site. Je ne peux que saluer cette initiative de Gilbert Jourdan, à qui j'exprime ici toute ma sympathie, et vous recommander la lecture de ce livre. Pour reprendre l'expression d'un de mes amis : "Débourrage de crâne garanti !"
Frédéric Valandré.
PS : Les photos de Gilbert Jourdan sont respectivement extraites du site du Dauphiné Libéré et du site de La Provence (le premier site a du mal à s'ouvrir, aussi je recommande de le consulter en cache pour le moment).
26 juin 2007
Laurent Gervereau - La guerre mondiale médiatique
Le rôle des médias dans la campagne présidentielle fut plus déterminant que jamais.
(lu dans Les 4 vérités Hebdo, journal d'actualité française) L’auteur analyse leur fonctionnement.
Les forces politiques, économiques ou culturelles ont compris que les rumeurs sont plus efficaces que la réalité des faits.
Elles sont devenues des enjeux cruciaux, dans un monde où le reflet remplace la réalité.
La science, les religions ou l’histoire sont instrumentalisées.
La culture, le sport deviennent du marketing. L’émotion humanitaire et caritative règne sur les écrans.
Et l’Internet s’impose, comme l’a montré la présidentielle.
Éditions Nouveau Monde
190 pages – 9 euros
09 juin 2007
Charles Pasqua - Ce que je sais, Tome 1
(Vu dans le journal d'actualité Française : les 4 vérités) Ce tome 1 des mémoires de Charles Pasqua étrille Jacques Chirac. Pasqua l’a épaulé pendant un quart de siècle. Et en a tiré une profonde déception.
Politicien talentueux mais sans idéal, Chirac s’est « englué dans un quotidien politico-clientéliste » qui l’a détourné de l’essentiel. « Il restera tout à la fois, écrit Pasqua,
comme celui qui aura démantelé la Constitution de la Ve République, ce que Mitterrand n’avait pas osé faire,
et celui qui a fait disparaître le mouvement gaulliste, ce que Giscard n’avait pas réussi à faire. »
Cela rappelle ce jugement de Marie-France Garaud sur Chirac : « On lui a taillé un costume trop grand pour lui. »
Charles Pasqua
Ce que je sais
Tome 1 :
Les Atrides
: 1974-1988
Éditions du Seuil
300 pages – 19 euros
05 juin 2007
The Marketplace of Christianity
The Marketplace of Christianity. Développe apparament une thèse opposée à celle du "triomphe de la raison" de Rodney Stark dont nous parlions un peu plus tôt.
Une information transmise par l'observatoiredesreligions.fr de Phillippe Simonnot.
Robert B Jr, Robert F. Hébert, and Robert D. Tollison, publient un nouveau livvre : The Marketplace of Christianity.
Ces économistes américains, pionniers de l’économie de la religion, appliquent cette fois leur méthode décapante à l’ensemble de l’histoire du christianisme, reprenant plusieurs articles dont l’Observatoire des religions a rendu compte (cf. rubrique Economie de la religion).
Les auteurs se livrent à une authentique réhabilitation et à un profond enrichissement de la célèbre, et controversée, thèse de Max Weber (L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme.) Pour eux, le christianisme jusqu’à la Réforme de Luther a été un obstacle au développement à cause notamment des investissements somptuaires et inconvertibles (par exemple les cathédrales) qu’il entraînait. L’Eglise aurait généré une société de rentiers et non d’entrepreneurs. Une nouvelle occasion d’en débattre. L’Observatoire des religions y reviendra prochainement.
Le livre fait aussi état, en « termes de marché », de la concurrence féroce à laquelle se livrent aujourd'hui les religions, et notamment de la montée en puissance des Evangéliques et Pentecôtistes aux Etats-Unis, en Amérique latine et en Afrique. La démonstration est brillamment faite de la pertinence de l’approche économique des phénomènes religieux.
Ekelund Robert B Jr, Robert F. Hébert, and Robert D. Tollison, (2006) The Marketplace of Christianity, The MIT Press, Cambridge, Massachusetts, London, England.
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03 juin 2007
Le triomphe de la raison, Rodney Stark
(Article publié dans le CRI du Contribuable n°28)
Voici un livre original. Son auteur, Rodney Stark, est un chercheur américain, sociologue des religions. Sa thèse ?
La théologie chrétienne, par la place sans équivalent qu’elle a donné à la raison, a donné à la société, à la technique, à l’économie, un essor tel que l’Occident a pris, sur les autres civilisations, une avance considérable.
Mais Rodney Stark va plus loin. Contredisant le sociologue Max Weber et ses épigones (Alain Peyrefitte, par exemple), qui croient voir dans le protestantisme un facteur de dynamisme capitalistique, il démontre que le catholicisme a largement bénéficié au développement économique.
« L’Église catholique a été un moteur de développement économique, politique, intellectuel, tout au long de son histoire », affirme-t-il, évoquant Bruges ou Venise.
L’importance de cet ouvrage n’a pas échappé à la presse américaine et notamment au New York Times qui souligne :
« Aujourd’hui que le catholicisme se répand en Afrique et en Chine, il
est crucial de comprendre le rôle que jouent les croyances religieuses
dans le développement humain, dans la sortie de la misère. »
Un livre stimulant, décapant, qui devrait faire grincer quelques dents au pays de l’économiquement correct. À lire !
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01 juin 2007
Salauds de patrons ! Geoffroy Roux de Bézieux,
(Vu dans Le CRI du Contribuable :Salauds de patrons ! ) Geoffroy Roux de Bézieux, le très médiatique président de l’association
Croissance Plus, est un patron ; un patron sympa et décomplexé. Jeune
et riche.
Et alors ? Sa situation professionnelle, il ne l’a pas héritée d’un
père richissime ; il ne doit rien à personne. « Créateur d’entreprise
récidiviste », il a créé 3 000 emplois.
Se considère- t-il comme un « salaud de patron » ? Certainement pas.
Mais il s’interroge néanmoins sur le manque de popularité, c’est un euphémisme, du patronat français actuel.
À qui la faute ? Les politiques ne manquent pas une occasion de se décharger sur les chefs d’entreprises.
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