31 mars 2007
Légendes et vérités sur le Chili de Pinochet
Au cours de ma visite au Salon du Livre 2007, le 27 mars dernier, j'ai eu le plaisir de faire la connaissance de Philippe Chesnay, qui dédicaçait son ouvrage Pinochet l'autre vérité sur le stand de l'éditeur Jean Picollec. Ayant terminé la lecture de mon exemplaire (accompagné d'une dédicace fort sympathique de l'auteur), je vous livre ici mes impressions sur le livre.
Directeur commercial d'Air France au Chili de 1981 à 1986, Philippe Chesnay n'a pas pour intention de se faire l'avocat du Diable (ou plus exactement de celui qu'en France on considère être le Diable), "de montrer de la complaisance pour ce qui fut légitimement dénoncé [les exactions du régime], mais d'apporter une contribution supplémentaire à la vérité" (p. 10).
Mission accomplie: de la politique désastreuse d'Allende qui a conduit le pays au bord du gouffre aux réformes économiques et sociales entreprises par le régime de Pinochet, en passant par la préparation et la mise en oeuvre du coup d'Etat militaire du 11 septembre 1973, l'auteur brosse un tableau du Chili de l'époque autrement plus honnête que celui qu'on nous propose habituellement.
De plus, il tord le cou à de nombreux canards, par exemple le soit-disant assassinat d'Allende, le rôle des Etats-Unis (délibérement gonflé par les médias français) dans la chute d'Allende et le soutien à la junte, le nombre de victimes du coup d'Etat et de la répression qui a suivi...
Nous avons particulièrement apprécié le sottisier accablant de la presse française, qui, quand elle n'est pas prise par le vertige des grands nombres (Olivier Duhamel qui parle de 30 000 Chiliens assassinés jusqu'à l'été 1974, p. 168) relate des scènes dignes du Grand-Guignol, tel Le Nouvel Observateur qui, dans ses éditions du 8 octobre et du 29 octobre 1973, parle de "centaines de victimes [...] achevées au napalm par l'aviation" (p. 109), de "monceaux de cadavres", et même de "Génocide" (p. 108) !
Ceci dit, répétons-le, Philippe Chesnay ne cherche pas à minimiser ou à justifier la répression politique entreprise sous la dictature. On lira avec intérêt le chapitre consacré à ce sujet (p. 149-182): rien à voir avec l'apologie de crime à laquelle se livrent à l'extrême gauche les admirateurs de Castro, du Che et autres idoles pourries de la Revolucion.
Mais si la junte chilienne n'a pas fait dans la dentelle (surtout entre 1973 et 1977), elle n'a pas non plus fait du Chili un abattoir humain (comme le croit beaucoup de monde aujourd'hui encore) ou un enfer terrestre. Une dictature qui organise des élections libres, qui laisse entrer les médias étrangers sur son territoire pour faire leur travail et qui préfère l'exil de ses opposants à leur élimination physique ne saurait être mise sur le même plan que l'Allemagne nationale-socialiste ou l'URSS, quoi qu'on en dise.
En résumé, Pinochet l'autre vérité est un excellent antidote contre l'intoxication médiatique, à lire et à faire lire au plus grand nombre. Croyez-moi, vous ne serez pas déçus !
Frédéric Valandré.
PS: sur Allende, voir également notre note de lecture consacrée au livre de Victor Farias.
14 mars 2007
Le grand méchant marché (Conférence Euro 92)
Notes prises le 14 mars 2007 – Conférences Euro92.
Yorick de Mombynes, l'animateur de la conférence présente Le grand méchant marché en le qualifiant de « petits bijoux ». Le co-auteur invité ce soir, David Thesmar, est bardé de diplômes. Le livres serait remplie de données chiffrées permettant de lutter contre les idées reçues anti-marché. Par marché il faut ici entendre marché financier.
Cool. Si un candidat libéral participait aux prochaines élections présidentielles ce livre pourrait sans doutes l'aider à préparer les débats ...
Quelques exemples d'idées fausses anti-marché:
La logique du marché va-t-elle contre la logique industrielle ?
Non. A WallStreet, 1/3 des entreprises cotés font des pertes, ce sont des entreprises innovantes. Les processus sont long. Les investisseurs le savent.
Si le marché péchait par excès, cela serait par excès de confiance dans le long terme. Souvenons nous de la bulle Internet.
Le partage de la valeur ajoutée favorise de plus en plus les capitalistes ?
Faux. La part des salaires dans la valeurs ajoutées 1/3, reste la même en France depuis les années 1990.
Etc ...
Deuxième partie du livre : pourquoi les français ont-ils la tête pleine de ces fausses croyances ?
Je n'ai pas vraiment écouté cette partie, en gros ça parlait de société de propriétaires au XIX ème siècle. Une grande classe de rentiers ruinée dans les années 1940.
Les dirigeants français misent alors sur la centralisation, la régulation et une planification relativement flexible : le plan Monet. Mais très vite le ministère des Finances prend du poids. Aujourd'hui les grandes entreprises; celles qui composent l'essentielle de la capitalisation du marché; sont dirigées en majorité par d'anciens hauts fonctionnaires.
Solution selon l'intervenant : favoriser l'actionnariat, pour légitimer les marchés financiers. Faire en sorte que les Français ne comptent plus uniquement sur la répartition pour leurs retraites.
Les Souffrances Secrètes des Français d’Algérie
Les Souffrances Secrètes des Français d’Algérie - Raphaël Delpard
Éditions Michel Lafon
283 pages – 20 euros
Raphaël Delpard rappelle ce que fut le destin des Français d’Algérie, au lendemain des accords d’Évian.
Ils furent placés devant un choix tragique :
« la valise ou le cercueil ».
Victimes d’une épuration ethnique, ils furent plus d’un million à fuir, en quelques mois, vers ce qu’ils appelaient « la métropole ».
Ils y trouvèrent l’indifférence - voire l’hostilité - des politiciens, des journalistes, des intellectuels, de l’opinion publique. Cet excellent livre plein de documents inédits et de pages bouleversantes rend justice aux pieds-noirs, régulièrement traînés dans la boue
par les médias.
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Vu dans Les 4 Vérités Hebdo, journal d'actualité française et d'opinion
10 mars 2007
Colloque - Penser la Liberté 19 mars 2007
À l’occasion de la publication (inédite en français) des Essais de philosophie, de science politique et d'économie (1967)
de Friedrich Hayek – dixième volume de la Bibliothèque classique de la
liberté (Editions des Belles Lettres) dont c’est en même temps le
troisième anniversaire, une table ronde examinera la contribution
apportée à l’histoire des idées par la réédition récente de textes
fondateurs oubliés ou la traduction de textes étrangers encore non
disponibles concernant la promotion des valeurs de liberté. 2251390448
LUNDI 19 MARS 2007, de 15h à 19h30
Amphithéâtre Stourdzé
1 rue Descartes (Paris, 5°)
Ministère de la recherche
(entrée par le numéro 25 de la rue de la montagne Sainte-Geneviève)
Inscriptions auprès des Editions des Belles Lettres : m.gratini@lesbelleslettres.com
Le nombre de places est limité.
Plus d'infos sur le site des Belles Lettres.
08 mars 2007
Le Grand Méchant Marché + conférence Euro92
Conférence sans doute interressante le 14 Mars 2007 au 126 rue de l’université 75007 Paris - inscrivez-vous avant le 14 mars, midi .
Les invités : Augustin Landier et David Thesmar pour Le Grand Méchant Marché, Flammarion, janvier 2007
Extrait de la quatrième de couverture :" Les Français sont allergiques au marché. Sondages d'opinion et paroles d'experts le confirment dans une belle unanimité : le capitalisme financier est vécu comme une source insupportable d'aliénation et d'inégalités, il détruit l'économie et la société.
Ce sentiment de défiance crée un malaise profond chez nos compatriotes et les singularise dans le concert des nations.
Augustin Landier et David Thesmar en font l'éclatante démonstration dans leur livre : certains lieux communs du discours anti-capitaliste sont faux et doivent être dénoncés comme tels. Partout, le développement financier est un accélérateur de croissance. "
- Voir aussi l'avis de l'économiste Bernard Salanié sur "Le Grand Méchant Marché"
-Interview de David Thesmar dans Le Monde (23-02-2007)
05 mars 2007
Chroniques de Bustos Domecq
Afin de présenter les « Chroniques de Bustos Domecq » de Jorge Luis Borgès et d’Adolfo Bioy Casares, je vais essayer de vous proposer une de ses chronique dans le style de Borgès. Je n’ai bien sûr pas son talent, mais chacune de ses nouvelles est un chef d’œuvre d’ironie sur les délires artistiques et intellectuels. La meilleure est certainement celle qui traite d’une nouvelle école historique, une chronique à proprement parler prophétique car annonçant les lois Gayssot…
Parmi les inégalités pour lesquelles nous devons blâmer mère nature, la plus irrémédiable est indubitablement l’apparence physique. Les Bourbons, aussi rois furent-ils, héritèrent d’un nez camus bien disgracieux. Oreilles décollées, tonsure juvénile, petits bourrelets graisseux, absence de symétrie des traits, voila quelques unes des caractéristiques bien souvent déterminées par les ascendants.
Le progrès anti-naturel assaillant les bastions de la laideur mal assumée, certains se sont proposés de défaire l’œuvre supposée bâclée des géniteurs. Mais il fallait pour cela que les qualités du patrimoine financier viennent compenser les tares du patrimoine génétique.
Le vulgaire s’émerveilla des prouesses des manieurs de bistouri, les Sud Américaines se mirent à leur vouer un culte sans limites, disposées à prêter leur corps modifiés pour les fantasmes mammaires ou fessiers de leurs magiciens.
Il fallut un éditorial de Pierre Sautault dans la revue « Aesthetika Artis » pour provoquer une prise de conscience salutaire et critique. Sautault y évoqua sans le nommer ce génie transgresseur, ce grand artiste qu’est Vladimiro Ilitch Debarros. Transgresseur des normes établies Debarros l’était indubitablement, boiteux de son propre chef et grand admirateur de Toulouse Lautrec auquel il s’ingéniait ainsi à ressembler, il se proposa d’appliquer à d’autres le traitement qu’il se réservait à lui-même.
Cette publicité inattendue dans « Aesthetika Artis » déclencha une violente polémique sur les canons grecs de la beauté classique. Les plus avant-gardistes de la scène artistique et intellectuelle mondiale attaquèrent les musées pour redessiner statues et tableaux, d’autres s’en prenaient aux chirurgiens plasticiens. Le best seller de l’année fut un traité d’esthétique intitulé « Beauté alternative », exposant d’autres façons de concevoir le corps humain, exposant des photographies de modèles dits alternatifs, donnant des conseils de soins esthétiques s’éloignant du classicisme, proposant de nouvelles façons de représenter les visages et les corps.
Mais c’est surtout un débat télévisé pour les présidentielles qui légitima l’art de Debarros : un accidenté domestique demanda à la candidate ce qu’elle se proposait de faire pour que des femmes correspondant aux canons grecs lui dressent l’éloge de sa plastique asymétrique. Aussi critiquable que soient les goûts conservateurs de cet homme, la bonne dame fit la promesse de rétablir l’égalité entre les hommes et femmes de ce pays à la façon de Vladimiro Ilitch Debarros.
Le dernier tabou qui entourait les pratiques de VID tomba alors.
L’opinion remuée par la discrimination esthétique dont faisait l’objet ceux qui par choix ou par nature ne se conformaient pas aux canons de l’esthétique grec offrirent leur corps aux techniques de ce grand artiste.
Quant à ceux qui résistaient encore à ce grand mouvement de fond égalitariste baptisé fort opportunément le « solidarisme corporel » et dont le patrimoine leur permettait d’avoir recours à des retouches esthétiques décadentes, on s’inquiéta de leur cas et de leurs finances.
« Aesthetika Artis », « les Inrockuptibles », « Modes et Travaux » et « Jeune et Moche » firent paraître le manifeste de VID revendiquant le droit de réaliser des œuvres artistiques impromptues. Je ne résiste donc pas à l’envie de vous en citer quelques morceaux choisis :
« Un visage trop régulier, un corps trop vigoureux et sans difformités sont les principaux vecteurs d’une supériorité décadente affichée par leur propriétaire … C’est cette même propriété de chacun sur son corps, le pouvoir de l’entretenir, de dépenser pour le modeler en fonction des canons esthétiques en vogue qui créé l’injustice la plus criante au sein des sociétés capitalistes … En administrant mes potions, mes crèmes, par quelques coups bien appuyés mon art s’est fait ennemi de la propriété en devenant une seconde nature accidentelle que moi seul impose sans que mon modèle en ait conscience… Couper une oreille à la Van Gogh, allonger un crâne à la Périclès, redonner des rondeurs à la Rubens ou dégarnir un crâne à la Léonard de Vinci tel est l’art réel que je pratique aléatoirement sur ceux que l’on aurait à tort considéré comme beaux, je rétablis ainsi une égalité que la nature a voulu rompre. »
Xavier Collet
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