30 décembre 2006
Psychanalyse de l'anti-libéralisme [Nouvel 1dividualiste]
Que voici un livre au titre alléchant ! Avant même d’en lire les premières lignes, je me trouvais dans un état d’agréable expectative, espérant glaner enfin quelques idées susceptibles de m’orienter dans les méandres du psychisme de la grande cohorte anti-libérale de ce pays.
Je m’attendais à ce que ces illustres professeurs formulent dans cet ouvrage des hypothèses qui nous aideraient à comprendre les mécanismes psychiques au travail parmi l’establishment politique et culturel et au cœur de cette pensée qui tourne en rond : quelles sont les forces inconscientes qui gouvernent notre arrogance tricolore ?
Quelles sont les craintes fantasmatiques qui font naître l’individualisme, que l’on confond un peu rapidement avec le narcissisme pathologique ? Pourquoi est-on plus disposé à croire le mensonge plutôt que la vérité ? Quelles sont les raisons qui expliquent cette collusion entre gouvernants et gouvernés afin que rien ne change ?
Pourquoi cette négation de la réalité (schizophrénie) a-t-elle plus d’importance dans notre pays que l’ouverture, la négociation et la reconnaissance de la réalité (santé psychique) ? Voici quelques-uns des thèmes d’une liste non exhaustive dont l’approche a besoin de chercheurs rompus à la psychanalyse et à l’histoire des idées, et pas uniquement à l’économie. Il faut reconnaître, à la décharge des auteurs, que la France, à la différence des pays anglo-saxons, ne s’est jamais, peu ou prou, inscrite dans cette tradition de recherche. Je rejoins complètement A. Laurent dans son point de vue exposé dans le paragraphe précèdent et J.F. Revel, dans sa contribution remarquablement lucide, comme toujours. Force est de constater que le seul intérêt du livre réside dans son titre.
Remarque : Je voudrais citer de mémoire, et à titre d’exemple, quelques contributions contemporaines sur l’application de la méthodologie psychanalytique à la société. Binion, R. : Introduction à la psychohistoire, PUF, Paris, 1982 – The psychohistory Review : studies of Motivation in history and culture, Sangamon State University, États-Unis – Lloyd de Mause : The history of childhood, The psychohistory Press, 1974 – Lloyd De Mause : The emotional Life of Nations, Karnac, London, New York ‑ Frosh, S. : The Politics of Psychoanalysis, The Mac Millan Press, Londres ‑ Erickson, E. : Adolescence et crise, Champs, Flammarion – Kernberg, O. : Ideology, Conflict and Leadership, Yale University Press, New Haven et Londres ‑ Bion, W. : Recherches sur les petits groupes, PUF, Paris – Waelder, R. : Progress and Revolution, IUP, 1067 – Les travaux de Franco Fornari, dont quelques-uns ont publiés dans leur traduction française aux éditions PUF ‑ Klein, M. : Envie et Gratitude, Gallimard… et, naturellement, Freud, S. : Malaise dans la civilisation, Psychologie des Foules et analyse du moi, L’avenir d’une illusion… liste non exhaustive.
José Luis Goyena
Article du Nouvel 1dividualiste N°1
29 décembre 2006
Ma part d'ombre
Ecrire peut être une psychothérapie et, à lire ma part d’ombre, on découvre un James Ellroy du haut de notre tabouret alors qu’il gît sur son divan. L’assassinat de sa mère l’a créé dans sa monstruosité et cet évènement réel est devenu l’objet d’une pathologie mentale servant de fil conducteur à une descente aux enfers dans le monde particulier du jeune Ellroy. Sa quête de l’extrême, à travers amours morbides, inceste fantasmé, désirs homicides et pervers, nazisme et drogues dures sert à le rapprocher de l’image d’une mère déviante s’adonnant à tous les vices et recherchant sa propre mort. Il lui faudra refaire l’enquête pour que le meurtre de sa mère réintègre la banalité du crime, pour qu’il puisse enfin la regretter et se mettre à haïr son assassin.
Pour acheter le livre :
http://www.amazon.fr/exec/obidos/ASIN/2743604670/chatborgne-21
Prégentil
28 décembre 2006
Answers Ayn Rand [Nouvel 1dividualiste]
answers_rand(New american library, novembre 2005)
Est regroupé dans ce volume le meilleur des réponses d’Ayn Rand aux interviews ou questions d’auditeurs de conférences entre 1962 et 1981, ventilé en quatre sections - politique et économie, éthique, métaphysique et épistémologie, esthétique et art. Dans cet ensemble inédit pour le public, on retrouve sans surprise ses fortes et célèbres convictions mais sur un mode cursif et « live » : le « rational self-interest » versus le « self-sacrifice » et l’altruisme, la détestation pour les liberals et le collectivisme du Welfare State comme pour les anarchistes « libertariens ».
Et c’est au nom de l’ « individualisme » fondé sur la base épistémologique et métaphysique de la raison qu’elle y exprime son aversion (pas forcément justifiée au demeurant…) pour Kant (un « destructeur de l’individualisme », pp. 167-176 : mais l’a-t-elle réellement et soigneusement lu de première main ?) et Nietszche (un apologiste des instincts et un ennemi du libre marché : peut-on vraiment le réduire à cela ?).
Plus surprenants sont les désaccords vigoureusement énoncés avec des personnalités qui lui sont proches. Milton Friedman ? « Il n’est pas favorable au capitalisme. C’est un misérable éclectique ». Ludwig von Mises ? « Il essaie de substituer l’économie à la philosophie. C’est une impasse ».
Les politiques conservateurs ne sont pas davantage épargnés. Barry Goldwater est renvoyé dans les cordes : « C’est un partisan de l’économie mixte », trop attaché aux traditions et à la religion. Quant à Reagan, elle ne lui pardonne pas, à plusieurs reprises, d’être opposé à la liberté individuelle d’avortement… Sacrée bonne femme – et jusqu’à la fin!
Alain Laurent
(Extrait du Nouvel 1ndividualiste N°1 décembre 2006)
26 décembre 2006
Nouveau Webzine Individualiste
Edité par José Luis Goyena et Alain Laurent, et principalement consacré à la recension critique d’ouvrages récemment parus du point de vue de l’individualisme rationnel et en réaffirmation de la valeur suprême de la liberté individuelle d’expression (donc dans le sillage d’Ayn Rand et de Jean-François Revel…), LE NOUVEL 1DIVIDUALISTE paraîtra désormais chaque trimestre – avec éventuellement des suppléments intercalaires, sur le site
Web : http://web.mac.com/nouvel1dividualiste/iWeb/Site/
Pour recevoir les prochain numéro par e-mail : nouvel1dividualiste@mac.com
Au sommaire du N°1 (décembre 2006) :
Qui est le nouvel individualiste ?
Du côté d’Ayn Rand
L’individualisme libéral en livres
Une théorie individualiste des Lumières
Chronique de l’anti-individualisme ordinaire
Lectures américaines : le suicide intellectuel du néocon
Charles Murray et le déboulonnage du Ché par Alvaro
Vargas LlosaLE NOUVEL 1DIVIDUALISTE
NB : Le chatBorgne publiera certains article du Nouvel 1dividualiste
22 décembre 2006
Seznec: innocent, forcément innocent ?
La Justice n'est pas seulement sourde, aveugle et folle, elle a également raté une occasion historique de reconnaître son erreur: c'est ce que répètent Denis Le Her-Seznec et bon nombre de chevaliers de la croisade antipénale depuis que la Cour de cassation a refusé de réhabiliter Guillaume Seznec le 14 décembre dernier. Mais si il est évident que notre justice n'est pas parfaite, doit-on affirmer ex-cathedra que celle-ci a commis une erreur en condamnant cet ancien maître de scierie de Morlaix pour le meurtre de son ami Pierre Quémeneur et pour faux en écriture privée, le 4 novembre 1924 ?
Sans parti-pris, le commissaire Guy Penaud a décidé de reprendre l'affaire à zéro, en ne s'appuyant que sur les élements tangibles, irréfutables, et non pas sur des arguments tout droits sortis d'un roman de gare. Fabrication de fausses promesses de vente à son bénéfice concernant le Traou-Nez, la propriété de Quémeneur à Plourivo - les expertises officielles "déterminent l'entière implication du condamné" (p. 160) - tentatives de surbornation de témoins (la lettre reproduite pages 189-190 est édifiante) pour se constituer un alibi : n'en déplaise à ceux et celles qui voient en Seznec une victime, ces éléments ne plaident guère en sa faveur. Méthodiquement, Guy Penaud réfute nombre d'"erreurs manifestes" et "appréciations erronées" (p. 232) de Denis Le Her-Seznec, le petit-fils du condamné, et démonte la thèse du complot policier monté par Pierre Bonny, qui était au centre de la demande de réhabilitation. Bonny n'était certes pas un ange, mais lors de l'enquête sur la disparition de Quémeneur en 1923, il n'était qu'un modeste inspecteur stagiaire (p. 264); par ailleurs, si il a bel et bien été chassé de la police le 10 janvier 1935 et a été l'objet de trois informations judiciaires, il n'a aucunement falsifié des preuves dans l'affaire Stavisky (p. 263). Enfin, contrairement à une légende tenace, Bonny n'a jamais avoué avoir monté un complot contre Seznec: il suffit de lire sa confession écrite remise à son avocat peu avant son exécution pour faits de collaboration en décembre 1944, à aucun moment il n' y est question de machination (p. 273). Hélas, à l'instar du petit-fils Seznec, nombre de médias préférent s'appuyer sur des témoignages de seconde main faisant état de supposés aveux de l'inspecteur, plutôt que de prendre en compte ce document.
Conclusion: "... la machination policière ne pouvant qu'être écartée, l'intervention d'un tiers assassin, faussaire et manipulateur, étant matiérellement impossible, il ne reste qu'un personnage dont la responsabilité ne peut objectivement être écartée." (p. 290). Bref, comme le disait Sherlock Holmes: "Lorsque vous aurez éliminé l'impossible, tout ce qu'il vous reste, même si c'est improbable, est forcément la vérité" La vérité, c'est que Seznec était bel et bien impliqué dans la disparition de Quémeneur, d'une manière ou d'une autre. J'ai dévoré le livre du commissaire Penaud en une nuit, sur mon lieu de travail (ma loge d'agent de surveillance) et je ne saurais trop vous conseiller la lecture de son excellente mise au point sur cette prétendue "Affaire Dreyfus bretonne". Un cadeau de Noël idéal pour les amateurs d'énigmes judiciaires.
Frédéric VALANDRE.
PS: consultez également le site de Marylise Lebranchu (ancien ministre de la Justice de Lionel Jospin, initiatrice en 2001 de la dernière demande de révision en faveur de Seznec), vous pourrez y constater que Bernez Rouz, Michel Keriel, Guy Penaud et moi-même sommes quelque peu vilipendés par certains "seznecistes"...
17 décembre 2006
Arrêt Seznec: une défaite pour la justice médiatique
Le rideau est tombé ce jeudi 14 décembre: la Cour de révision a rejeté la demande de réhabilitation de Guillaume Seznec, estimant qu' il n' y a aucun fait nouveau ou élément inconnu de la juridiction au jour du procès de nature à faire naître un doute sur la culpabilité du condamné.
Petit rappel: en 1923, Guillaume Seznec, propriétaire d'une scierie à Morlaix, s'associe avec son ami Pierre Quémeneur, conseiller général du Finistère, pour vendre des voitures américaines aux Soviets. Le 25 mai, les deux hommes quittent la Bretagne à bord d'une vieille Cadillac qu'ils espèrent vendre à Paris à un mystérieux intermédiaire, un Américain se faisant appeler Gherdi. Après quinze heure de voyage et autant de pannes, Seznec et Quémeneur se retrouvent immobilisés à une soixantaine de kilomètres de la capitale. Plus personne ne reverra Quémeneur. Très vite suspecté d’avoir tué son ami, et d’avoir tapé une fausse promesse de vente à son bénéfice (concernant le Traou-Nez, la propriété de Quémeneur située à Plourivo) Seznec est condamné au bagne à perpétuité le 4 novembre 1924 ; finalement gracié en 1946, il est renversé par une camionnette le 15 novembre 1953 et meurt le 13 février 1954. Depuis plus de 80 ans, la famille Seznec se bat pour obtenir la révision du procès, et on ne peut qu'être impressionné par sa combativité, plus particulièrement celle de Denis Le Her-Seznec, le petit-fils de l'ancien forçat. Et je comprends bien la colère qui a été la sienne jeudi dernier lorsque la Cour de révision a rendu sa décision.
Cela dit, cela ne m'empêche pas d'être sidéré par le spectacle donné par le petit-fils Seznec et ses partisans au Palais de Justice de Paris jeudi dernier: injures à l'égard des magistrats en particulier et de la Justice en général, et ce en présence de sa famille, de ses avocats, de quelques acquittés de l'affaire d'Outreau, de Patrick Dils (il ne manquait plus que Richard Roman et Omar Raddad pour faire bon poids), sans même parler des joueurs de biniou et des indépendantistes bretons hurlant "Mort à la France !" (d'après Libération du 15 décembre)... on se serait cru dans un épisode du dessin animé Calimero ("C'est trop injuste, Seznec n'a pas été réhabilité !"), en moins drôle cependant !
Au delà de la question de fond (coupable ou innocent ?) c'est surtout l'argumentation de la défense qui pose problème: selon elle, Guillaume Seznec aurait été victime d'une machination politico-policière, orchestrée par un des enquêteurs de l'époque, l'inspecteur Pierre Bonny, en collaboration avec le fameux Gherdi (pas américain d'ailleurs, c'est un Algérien) que devait rencontrer le duo Seznec-Quémeneur lors de son voyage parisien de mai 1923. Objectif: camoufler le trafic de Cadillac avec l'URSS dans lequel seraient mouillés nombre d'hommes politiques. A l'appui de cette théorie: le témoignage de Colette Noll, une résistante qui affirme que le gestapiste ayant permis son arrestation en 1944 n'était autre que Boudjema Gherdi; Bonny étant lui aussi dans la Gestapo française à l'époque, sans doute les deux hommes se connaissaient-ils, et sans doute étaient-ils déjà de mèche en 1923 pour faire plonger le pauvre Seznec... CQFD.
Tout cela est quand même tiré par les cheveux, et ne permet pas vraiment de blanchir Seznec. Même si on n'a jamais retrouvé le corps de Quémeneur, de sérieux éléments à charge subsistent: je songe aux conclusions de deux expertises réalisées en 2004 sur les deux principales pièces à conviction du dossier d'accusation de l'époque, des faux actes de ventes imputés à Guillaume Seznec et une machine à écrire. Dans les deux expertises, les conclusions sont défavorables à l’ancien maître de scierie. La première conclut que les faux actes de vente ont bien été tapés sur une machine à écrire saisie à son domicile. La seconde établit après examen de photos que la machine à écrire en question est bien du même type que celle qui a été présentée au procès de 1924.
En définitive, l'arrêt rendu jeudi dernier est surtout une défaite pour une certaine justice, la justice médiatique, qui consiste à fabriquer des coupables ou des innocents pour satisfaire une opinion publique en mal de sensations fortes. Pour comprendre les problèmes posés par la réhabilitation de l'ancien bagnard, j'invite à lire le texte de l'arrêt du 14 décembre 2006 mais aussi le petit livre de Michel Keriel Seznec L'impossible réhabilitation qui contient le texte intégral de l'arrêt du 28 juin 1996 rejettant la précédente demande de révision déposée par la famille Seznec.
Frédéric VALANDRE
PS: je vais me procurer prochainement l'ouvrage de Guy Penaud, L'énigme Seznec. Je ferai part de mes commentaires sur ce livre aux lecteurs de notre blog. A suivre...
10 décembre 2006
Ted Stanger . Sacrés fonctionnaires
« Vous les French, vous êtes une nation sous l'emprise des fonctionnaires, qu'ils soient d'en haut ou d'en bas », ça commence fort ! « Ici, le Dieu des chrétiens est remplacé par le culte de l'Etat », wow ! Ted Stanger a écrit ce livre juste pour me faire plaisir, c'est ça ?!
Sacrés fonctionnaires ! Un Américain face à notre bureaucratie, paru aux éditions Michalon en octobre 2006, est un ouvrage réjouissant. Un délice pour ceux qui comme moi exècrent la bureaucratie française autant qu'ils apprécient l'humour qui vise juste. Parfois on croirait du Claude Reichman ou du Bernard Zimmern, mais en beaucoup plus amusant.
Stanger utilise les anecdotes de sa vraie vie pour construire son bouquin. Son troisième chapitre nous décrit ses angoisses face à sa première déclaration d'impôts en France : fallait-il se déclarer en frais réels ou en déduction forfaitaire ? Le pauvre journaliste va de joies (je peux déduire mes voyages pour la promo de mes livres) en désillusions : personne ne lui conseille la même chose.
Pire, le fonctionnaire du fisc qui le reçoit est sympathique avec lui, jusqu'au terrible incident : une facture de restaurant de 110 euros. L'aimable bureaucrate fait remarquer amèrement que lui lorsqu'il va au restaurant avec sa femme « il ne dépasse pas les 30 ou 35 euros maximum». C'en était fini des déductions. Le verdict tombe: Ted Stanger se voit conseillé de prendre les 10% forfaitaires parce que « c 'est moins risqué ». Notre brave Ted, un démocrate de toujours, finalement dépité, finit par répéter à un ami ce que lui disait le fonctionnaire: « tu sais, payer nos impots, c'est montrer notre solidarité. Les 10% ça me suffit ».
L'ouvrage souligne une réalité importante : les Français sont pour une grande majorité eux-mêmes accrocs à cette bureaucratie. Déja que 75% des jeunes aimeraient devenir fonctionnaires, mais en plus dans la vie de tous les jours, même dans le privé, ce n'est que paperasse à signer 10 fois, procédures dans tous les sens. Stanger raconte la tonne de papier qu'il a fallu accumuler pour louer un appartement en guise d'illustration.
Les français sont accrocs à la fonction publique, et en plus ils trichent ! « 61% des français acceptent la tricherie, si c'est pour obtenir un des avantages sociaux, contre seulement 15% au Danemark » montre une étude. Bastiat l'avait déjà bien vu.
Bref ça fourmille d'anecdotes amusantes et d'analyses lucides. Achetez le (Avec AMAZON), offrez le, c'est du bon. Du vrai et du bien écrit.
Le Chat Tigré - ABL
Le Blog du livre : http://www.sacres-fonctionnaires.fr/
Michalon envoit ses bouquins aux bloggeurs comme nous, répond aux e-mails, et ouvre des blogs. Bravo !
Ma critique du précédent bouquin de Stanger : Sacrés Américains

