Le blog du chatborgne / blog de livres

Les livres qui font Miaou dans l'actualité. Beaucoup de politique, un peu d'islamisme, de la culture et surtout de la Liberté et des livres.

17 décembre 2006

Arrêt Seznec: une défaite pour la justice médiatique

Seznec. l'Impossible RehabilitationLe rideau est tombé ce jeudi 14 décembre: la Cour de révision a rejeté la demande de réhabilitation de Guillaume Seznec, estimant qu' il n' y a aucun fait nouveau ou élément inconnu de la juridiction au jour du procès de nature à faire naître un doute sur la culpabilité du condamné.

Petit rappel: en 1923, Guillaume Seznec, propriétaire d'une scierie à Morlaix, s'associe avec son ami Pierre Quémeneur, conseiller général du Finistère, pour vendre des voitures américaines aux Soviets. Le 25 mai, les deux hommes quittent la Bretagne à bord d'une vieille Cadillac qu'ils espèrent vendre à Paris à un mystérieux intermédiaire, un Américain se faisant appeler Gherdi. Après quinze heure de voyage et autant de pannes, Seznec et Quémeneur se retrouvent immobilisés à une soixantaine de kilomètres de la capitale. Plus personne ne reverra Quémeneur. Très vite suspecté d’avoir tué son ami, et d’avoir tapé une fausse promesse de vente à son bénéfice (concernant le Traou-Nez, la propriété de Quémeneur située à Plourivo) Seznec est condamné au bagne à perpétuité le 4 novembre 1924 ; finalement gracié en 1946, il est renversé par une camionnette le 15 novembre 1953 et meurt le 13 février 1954. Depuis plus de 80 ans, la famille Seznec se bat pour obtenir la révision du procès, et on ne peut qu'être impressionné par sa combativité, plus particulièrement celle de Denis Le Her-Seznec, le petit-fils de l'ancien forçat. Et je comprends bien la colère qui a été la sienne jeudi dernier lorsque la Cour de révision a rendu sa décision.

Cela dit, cela ne m'empêche pas d'être sidéré par le spectacle donné par le petit-fils Seznec et ses partisans au Palais de Justice de Paris jeudi dernier: injures à l'égard des magistrats en particulier et de la Justice en général, et ce en présence de sa famille, de ses avocats, de quelques acquittés de l'affaire d'Outreau, de Patrick Dils (il ne manquait plus que Richard Roman et Omar Raddad pour faire bon poids), sans même parler des joueurs de biniou et des indépendantistes bretons hurlant "Mort à la France !" (d'après Libération du 15 décembre)... on se serait cru dans un épisode du dessin animé Calimero ("C'est trop injuste, Seznec n'a pas été réhabilité !"), en moins drôle cependant !


Au delà de la question de fond (coupable ou innocent ?) c'est surtout l'argumentation de la défense qui pose problème: selon elle, Guillaume Seznec aurait été victime d'une machination politico-policière, orchestrée par un des enquêteurs de l'époque, l'inspecteur Pierre Bonny, en collaboration avec le fameux Gherdi (pas américain d'ailleurs, c'est un Algérien) que devait rencontrer le duo Seznec-Quémeneur lors de son voyage parisien de mai 1923. Objectif: camoufler le trafic de Cadillac avec l'URSS dans lequel seraient mouillés nombre d'hommes politiques. A l'appui de cette théorie: le témoignage de Colette Noll, une résistante qui affirme que le gestapiste ayant permis son arrestation en 1944 n'était autre que Boudjema Gherdi; Bonny étant lui aussi dans la Gestapo française à l'époque, sans doute les deux hommes se connaissaient-ils, et sans doute étaient-ils déjà de mèche en 1923 pour faire plonger le pauvre Seznec... CQFD.


Tout cela est quand même tiré par les cheveux, et ne permet pas vraiment de blanchir Seznec. Même si on n'a jamais retrouvé le corps de Quémeneur, de sérieux éléments à charge subsistent: je songe aux conclusions de deux expertises réalisées en 2004 sur les deux principales pièces à conviction du dossier d'accusation de l'époque, des faux actes de ventes imputés à Guillaume Seznec et une machine à écrire. Dans les deux expertises, les conclusions sont défavorables à l’ancien maître de scierie. La première conclut que les faux actes de vente ont bien été tapés sur une machine à écrire saisie à son domicile. La seconde établit après examen de photos que la machine à écrire en question est bien du même type que celle qui a été présentée au procès de 1924.


En définitive, l'arrêt rendu jeudi dernier est surtout une défaite pour une certaine justice, la justice médiatique, qui consiste à fabriquer des coupables ou des innocents pour satisfaire une opinion publique en mal de sensations fortes. Pour comprendre les problèmes posés par la réhabilitation de l'ancien bagnard, j'invite à lire le texte de l'arrêt du 14 décembre 2006 mais aussi le petit livre de Michel Keriel Seznec L'impossible réhabilitation qui contient le texte intégral de l'arrêt du 28 juin 1996 rejettant la précédente demande de révision déposée par la famille Seznec.


Frédéric VALANDRE


PS: je vais me procurer prochainement l'ouvrage de Guy Penaud,  L'énigme Seznec. Je ferai part de mes commentaires sur ce livre aux lecteurs de notre blog. A suivre...

Posté par chatborgne à 14:33 - affaires judiciaires - Commentaires [13] - Permalien [#]

Commentaires

    Une justice courageuse.

    Le texte sera certainement un peu long. Je vous livre, dans son intégralité, ce que j'avais écrit, pour "Aventures et dossiers secrets de l'Histoire".
    Mon pronostic sur la 13ème demande de révision (initiée par l'inénarrable Mme Lebranchu, à la fois "juge et partie") s'est donc trouvé confirmé par les faits ! Comme quoi, il faut toujours retourner aux sources avant de formuler une quelconque appréciation. J'engage chacun à lire, sur le site de la Cour de cassation,l'arrêt de la Cour de révision, qui a repris, par le détail, l'enquête et la procédure initiale, les pseudo rebondissements ultérieurs et qui semble avoir répondu sans rien négliger à toutes les interrogations dont elle était saisie.
    Quant aux réactions dépitées et déplacées des media et du descendant que l'on avait admis à participer aux débats alors même qu'il n'avait pas légalement qualité pour le faire, cela est-il aujourd'hui de nature à nous surprendre ?

    Pour Aventures et dossiers secrets de l’Histoire

    L’AFFAIRE QUEMENEUR – SEZNEC
    ENQUETE SUR UN MYSTERE

    De Bernez Rouz

    Aux éditions APOGEE

    En mai 1923, la disparition de Pierre Quéméneur, homme d’affaires et conseiller général du Finistère, donne naissance à une des plus extraordinaires affaires judiciaires du vingtième siècle. Un associé de la victime, Guillaume Seznec, est condamné par la cour d’assises de Quimper en novembre 1924. L’absence d’aveux, de corps et d’arme du crime a donné corps à toute une littérature innocentiste qui a prospéré grâce à la méconnaissance des pièces du dossier, accablantes pour le condamné.



    Il est des affaires judiciaires qui ne meurent jamais, résistant au temps. Plus les années passent, plus les enquêtes parallèles et la désinformation les enrichissent de fantasmes et de contrevérités anarchiques et souvent commerciales. Elles s’opacifient d’autant plus que la passion et l’intérêt l’emportent sur la raison.
    Les articles succèdent aux articles, les livres aux livres, les comités de soutien aux comités de soutien. Chacun fait étalage de sa vérité qu’il n’a pas ou qu’il n’a pu ou voulu rechercher dans le dossier criminel et se répand, imaginatif et convaincu dans des démonstrations qui ne résistent guère à l’examen des faits.
    Une information, une fois lancée, est reprise par l’ensemble des médias, en boucle, sans que soit vérifiée son authenticité. La justice est mise à mal, les enquêteurs vilipendés, tous coupables à leurs yeux de l’erreur judiciaire dont ils sont les seuls à ne pas être persuadés. Et la grande majorité des citoyens, crédule et manipulée, fait confiance aux hommes qui maîtrisent l’information et se détournent de ceux qui ont la noble mission de rechercher la vérité et de rendre justice.
    Les abus journalistiques, la télé-réalité, les scoops qui produisent de l’Audimat et font vendre du papier prennent le pas sur le communiqué, la mise au point, l’arrêt ou le jugement qui rétablit les faits, démontre la manipulation, écarte les intrigues.
    Le mot qui fait peur est ainsi lâché à l’opinion publique, si prompte à s’émouvoir : l’erreur judiciaire - bien plus rare cependant que l’on peut l’imaginer - marque alors les esprits, s’insinue dans notre mémoire, nous fait douter de la décision de justice.
    Les passionnés, romanciers opportunistes, donneurs de leçon, malveillants de tout acabit, terroristes intellectuels de l’intelligentsia ne font que recomposer l’histoire d’un crime. Chacun a sa théorie, ré-écrit l’histoire pour nous convaincre de l’innocence du condamné. Mais, d’aucuns ont eu accès au dossier ou l’interprètent. A leur façon, selon leur norme, leur éducation, leur courant de pensée, leur sensibilité ou pire encore leur intérêt. Ainsi, sont livrées à l’opinion publique, hypothèses douteuses, élucubrations en tout genre, critiques peu amènes envers la justice au mépris de l’autorité de la chose jugée.
    Que penser des avocats médiatiques, spécialistes des plateaux de télévision et des salles de pas perdus qui se font remarquer habituellement après les arrêts et jugements de condamnation de nos cours et tribunaux ? Des porteurs de micros et caméras, leurs courtisans, propagateurs d’informations qu’ils ne prennent pas toujours la peine de vérifier et qui se battent rarement la coulpe lorsque les faits leur donnent tort !
    Il en est ainsi de nombreuses affaires judiciaires où l’opinion a été sollicitée et carrément manipulée par des campagnes, bien orchestrées, tendant à la révision de certains procès ou par des films qui ré-écrivent l’histoire pour nous convaincre de l’innocence des condamnés au mépris de l’autorité de la chose jugée. Souvenons-nous des affaires Dominici, Ranucci, Raddad, Weber, Villemain et tant d’autres qui en sont les illustrations. Celle de Guillaume Seznec n’a pas échappé à cette règle et l’on vous parle encore aujourd’hui de mystère. Huit décennies de mystères ! Ou d’intrigues ?

    Bref rappel historique : Seznec Joseph Marie Guillaume dit Guillaume Seznec était condamné le 4 novembre 1924 aux travaux forcés à perpétuité, peine aujourd’hui disparue de notre Code pénal, pour le meurtre de Pierre Quéméneur. Déporté d’abord à l’île du Diable puis à l’île du Salut et à St Laurent du Maroni, il tentait à trois reprises de s’évader. Gracié le 2 avril 1946 par le général de Gaulle, il était de retour en France le 1er juillet 1947. Renversé par une camionnette en 1953, il décédait le 13 février 1954 des suites de cet accident. Il a toujours clamé son innocence. Depuis, la révision du procès aura été rejetée à treize reprises. Le dernier arrêt de rejet en date, le 26 juin 1996, était assorti de commentaires précis sur tous les points litigieux présentés par la famille Seznec, aucun élément nouveau n’était considéré suffisant pour justifier une révision du procès.
    Le garde des Sceaux, ministre de la justice, Marylise Lebranchu, introduisait alors, le 30 mars 2001, une demande en révision. Rappelons cependant que Marylise Lebranchu, originaire de Morlaix comme Seznec, était déjà à la pointe du combat pour la réhabilitation de Guillaume Seznec alors qu’elle était attachée parlementaire.
    Au cours de l’audience du 24 janvier 2005, devant la commission de révision des condamnations pénales, le procureur général se déclarait favorable à une révision, faisant même état de sa conviction personnelle de l’innocence de Seznec. A juste raison, Mme Anzani, présidente de ladite commission ne perdait pas de vue que les magistrats n’étaient pas là pour faire plaisir à une campagne de presse ou à un ministre. Le ton était donné. Comment ne pas apprécier l’indépendance statutaire de cette magistrate de renom mais aussi, en la circonstance, son courage intellectuel. Preuve s’il en est que la justice s’exerce en toute sérénité, loin des passions et des pressions. Le 11 avril dernier, la commission de révision saisissait la chambre criminelle de la Cour de cassation qui statuera comme cour de révision, par arrêt motivé non susceptible de voie de recours : arrêt de rejet si la demande était considérée mal fondée, arrêt d’annulation de la condamnation si elle l’estimait fondée.
    Je ne peux m’empêcher de faire un rapprochement avec le déroulement de la procédure en révision de l’affaire Omar Raddad. L’avocat général de la commission de révision avait admis que des faits nouveaux ou des éléments inconnus de la juridiction lors du procès devant la Cour d’assises étaient de nature à faire naître un doute sur la culpabilité du condamné. Le dossier était transmis à la chambre criminelle de la cour de cassation qui, à juste titre, suivait les pertinentes observations de l’avocat général, Laurent Davenas, et rejetait la requête. Etant précisé qu’une telle décision est prise au niveau de la cour de révision par les quatre sections de la chambre criminelle à l’exception des magistrats ayant siégé à la commission de révision. A la majorité donc des juges suprêmes de la plus haute instance judiciaire française. Ce qui lui donne encore plus de légitimité.

    Bernez Rouz, historien de formation et journaliste vient de publier L’affaire Quéméneur-Seznec, Enquête sur un mystère (éditions Apogée). L’auteur nous livre ses réflexions à partir du dossier dont il a été autorisé à compulser la copie. Il produit plusieurs documents inédits, et compare les données du dossier criminel aux écrits de ses confrères de l’époque. Comme il l'expose dans l’avant-propos de son ouvrage: « les lecteurs trouveront ainsi des éléments fiables pour comprendre et se faire une opinion. »
    Ce livre est-il dérangeant pour les innocentistes ? Denis Seznec, petit-fils du condamné, ne se déclarait-il pas indigné de sa parution quelques jours avant la décision de la commission de révision ! Les bien-pensants ont-ils seuls le droit de se faire éditer pour raconter n’importe quoi, se pavaner devant micros et caméras, se livrer à tous les excès médiatiques ! Si l’on compulse l’abondante et excessive littérature de cette affaire, il est vrai que ce livre semble être le premier à a ne pas prendre fait et cause pour l’innocence de Guillaume Seznec. Un ouvrage impartial et à contre-courant en quelque sorte. Ils sont si rares !
    Personnellement, je ne connaissais aucun détail de ce dossier. Je n’aurai lu aucun autre livre avant de consulter celui de Bernez Rouz. Je n’avais donc aucun préjugé, apriorisme ou certitude. Je vais tenter de m’installer dans le rôle de juré pour analyser les éléments mis à la disposition du lecteur dans son ouvrage et de répondre aux questions posées au jury. En mon âme et selon ma conscience ! Dire si Seznec est coupable d’avoir dans la nuit du 25 au 26 mai 1923 volontairement donné la mort à Pierre Quéméneur ; dire s’il a agi avec préméditation et ou guet-apens ; dire s’il est coupable d’avoir commis un faux en écriture.

    Cette affaire judiciaire sera toujours voilée de mystère, principalement en raison de la non-découverte du corps de la victime, Pierre Quéméneur. Cependant force est de constater que les annales criminelles ont déjà connu des dossiers sans cadavres (Landru, Michaux, Turquin) et des meurtriers condamnés malgré leurs dénégations. L’affaire Quéméneur Seznec n’est pas un cas isolé ! Un crime sans aveu et sans cadavre n’est pas nécessairement une erreur judiciaire.

    Régulièrement depuis quatre-vingts ans, cette affaire fait la Une de l’actualité, et les demandes en révision sont rejetées les unes après les autres. Comment ne pas y voir, en toute objectivité, un dossier de l’accusation plus solide que l’on prétend ! L’enquête de police comportait-elle des lacunes ? L’instruction a-t-elle été efficiente, menée à charge et à décharge par un juge compétent ? N’est-ce pas ce que rabâchent habituellement les donneurs de leçons qui oublient bien sûr de vous parler de la responsabilité d’une certaine presse dans la manipulation des faits. C’est sous ces trois angles que j’ai examiné le dossier, en deuxième lecture ; la première m’ayant convaincu de la culpabilité de Guillaume Seznec.

    Sans entrer dans le détail de la procédure, le procès pénal comporte obligatoirement en matière de crime plusieurs phases obligatoires et successives : tout d’abord l’enquête judiciaire est effectuée sous la forme préliminaire ou en flagrant délit par un service de police ou de gendarmerie sous la direction du procureur de la République ; après le réquisitoire introductif d’instance d’un magistrat du Parquet, c’est l’information judiciaire conduite par un juge d’instruction qui, le plus souvent, délègue ses pouvoirs à des officiers de police judiciaire de la police ou de la gendarmerie. Après les phases enquête et information judiciaire vient le jugement devant une cour d’assises.
    Plusieurs services de police concouraient à l’enquête policière : la police mobile de Rennes investiguait en Bretagne alors que la sûreté générale de police de Paris qui avait compétence sur tout le territoire national allait enquêter à Paris, Le Havre et dans la région de Dreux. Ce sont des commissaires de police qui allaient prendre la direction des investigations et effectuer eux-mêmes les principaux actes de police judiciaire. Le travail d’enquête ne me semble souffrir d’aucune critique tant il a été rigoureux et complet : actes d’investigations effectués à grande échelle ; recherches importantes du cadavre de Pierre Quéméneur, malgré leur négativité; questions posées pertinentes ; hypothèses de travail intelligentes et sensées. Hélas, ces policiers n’avaient pu profiter de l’appui de la police technique et scientifique dont les enquêteurs bénéficient aujourd’hui. Gageons que la Cadillac, la malle de la victime et les écrits, notamment, " auraient parlé".
    On peut toujours critiquer une enquête judiciaire, polémiquer, ergoter, dire qu’elle est incomplète, menée à charge uniquement. Ou considérer comme le remarque l’auteur que l’enquête de voisinage était insuffisante. Mais en toute conscience ces critiques ne peuvent être faites aux enquêteurs de l’époque qui, confrontés aux comportements, manœuvres et manigances de Seznec, au fur et à mesure du déroulement des investigations, ne pouvaient qu’être intimement persuadés de sa culpabilité.
    Un suspect peut ne rien avouer mais nier l’évidence même de faits avérés, se contredire, tergiverser, mentir et se rétracter ne sont pas les meilleurs moyens pour prouver son innocence. Seznec devenait le coupable idéal, un faisceau de présomptions de culpabilité était réuni contre lui par les services de police. De plus, l’accumulation de renseignements de moralité on ne peut plus défavorables ne plaidait pas en sa faveur. Ses rapports d’affairistes étaient conflictuels et il était compromis dans de nombreuses affaires qu’il perdait régulièrement, se faisant ainsi de nombreux détracteurs. Il apparaissait comme un personnage trouble, peu scrupuleux, rusé et manipulateur, menteur, usant d’expédients pour parvenir à ses fins. Sans scrupule, il ne reculait pas devant l’emploi de moyens frauduleux et malhonnêtes.
    Alors que Pierre Quéméneur était décrit comme un homme loyal et honnête qui avait fait fortune pendant la guerre en commerçant du bois. Reste que sa probité était mise à mal en raison de fraudes sur les bénéfices de guerre et l’alcool, mais à cette époque ce genre d’errements était assez répandu. Célibataire, aisé, propriétaire terrien, affairiste, c’était un notable. Il était conseiller général du Finistère. Grand brasseur d’affaires, Quéméneur malgré quelques revers de fortune, était loin d’être aux abois au moment de sa disparition. Rien ne laissait présager une disparition volontaire.

    L’information judiciaire était confiée dans un premier temps à un juge d’instruction de Brest, puis en opportunité géographique à Emile Campion, juge d’instruction à Morlaix. Bernez Rouz cite un témoignage qui décrivait ce magistrat « originaire du pays, connaissant la psychologie des habitants, leur langue, et leurs habitudes, et le présentait comme un homme loyal et franc, scrupuleusement honnête, pas du tout désordonné comme ses détracteurs ont voulu le dépeindre.» Force est de constater qu’en fonction des données de l’enquête, les décisions d’investigations du juge Campion étaient empreintes de logique.
    La lecture dépassionnée du dossier est significative des charges qui pesaient sur Guillaume Seznec. Bien que celui-ci niât toute implication dans le meurtre présumé de Pierre Quéméneur, il n’avait pas échappé au magistrat instructeur que Seznec mentait, tergiversait, soudoyait, niait des faits pourtant indiscutablement prouvés, établissait des faux en écriture pour se disculper de l’accusation qui pesait sur lui, provoquait de faux témoignages moyennant finance pour confirmer son alibi.
    Tenter de s’évader à plusieurs reprises était-il le meilleur moyen pour faire admettre son innocence ?
    Toutes les assertions, tous les alibis de Seznec étaient vérifiés par le juge Campion qui s’aperçut que rien ne tenait. Il clôturait son information judiciaire, riche de quelque 507 pièces, par une ordonnance accablante d’indices graves et concordants contre Guillaume Seznec.
    Le réquisitoire du procureur de la République allait dans le même sens de la culpabilité. Preuve du sérieux de la phase instruction, la chambre des mises en accusation (juridiction d’instruction du 2ème degré) demandait un supplément d’enquête portant sur dix-sept points de détail. Ce fût ensuite l’acte d’accusation qui renvoyait Seznec devant la Cour d’Assises.

    Comme dans chaque affaire judiciaire médiatisée, la presse s’empare de l’événement, le corrompt et le pollue définitivement. Je ne prendrai qu’un seul exemple : les désastres humains provoqués par l’interventionnisme néfaste des médias dans l’affaire dite du petit Grégory. Mais il est légitime à chacun de constater les effets pervers de la désinformation de certains médias dans quelques affaires judiciaires contemporaines qui ont défrayé la chronique.
    Je pensais naïvement que cette quête du sensationnel n’avait pas cours au début du XX ème siècle ! C’est le comportement et les excès de la presse écrite qui, à mon avis, expliquent la survivance de cette affaire. La presse qui s’était érigée en substitut de la justice dans le bras de fer qui opposait les familles Seznec et Quéméneur. Résultat, depuis l’arrêt de condamnation, c’est le condamné qu’on ovationne, la famille de la victime qu’on humilie, les enquêteurs que l’on culpabilise, la justice que l’on dénigre. Triste constatation qui a toujours cours. Inquiétant !
    L’auteur cite dans son ouvrage une littérature abondante, et fait souvent référence à des articles de presse, preuves que l’activité journalistique était importante. Les journaux, politisés et partisans, avaient pris fait et cause pour la famille Quéméneur ou celle de Seznec. Ils tenaient leurs lecteurs en haleine en faisant preuve d’une imagination débordante, émettant des hypothèses aussi farfelues que fumeuses. Le citoyen suivait le roman-feuilleton, faisant plus confiance aux articles forcément sensationnels qu’aux investigations de la justice. On pourra toujours reprocher aux enquêteurs d’avoir bâclé leur travail, à la justice d’avoir des œillères pour avoir négligé les pistes de ces incorruptibles free lance ! Quatre-vingts ans après, nous en sommes toujours là !
    Il n’a pas échappé à Bernez Rouz que la rigueur professionnelle n’était pas le point fort des grands chroniqueurs de l’époque. Il ne fait d’ailleurs qu’une confiance limitée aux écrits du temps, s’étant rendu compte du déphasage des articles de presse avec les pièces du dossier. Les méthodes d’hier ne sont-elles pas toujours d’actualité ?
    L’activité démesurée de la presse, par ses approximations, ses assertions, ses allégations, l’exploitation de rumeurs teintées de mystères, ses enquêtes parallèles sans distanciation aux faits est le fondement de l’idée que la condamnation de Guillaume Seznec est une erreur judiciaire.

    Bernez Rouz nous révèle qu’à l’époque les citoyens qui composaient le jury étaient au nombre de douze (neuf actuellement) et que ceux-ci ne se prononçaient que sur la matérialité des faits et la culpabilité de l’accusé ; le prononcé de la peine en cas de culpabilité reconnue par le jury populaire était à la charge du président de la cour et des assesseurs. Les jurés non professionnels, livrés à eux-mêmes, redoutant la sévérité des magistrats, prononçaient des acquittements abusifs (30 à 40% des affaires.) Ce n’est qu’en 1941 que le délibéré devenait commun et portait tant sur la culpabilité que sur la peine. Les acquittements devenaient plus rares (10%). La justice devenait-elle plus rigoureuse ou plus impartiale ?
    Deux personnages de cette affaire étaient aussi confrontés à l’actualité judiciaire : Jeanne Seznec, fille de Guillaume Seznec, et François Le Her qui l’épousa en secondes noces ; tous deux parents de Denis Le Her Seznec porte drapeau des innocentistes, et petits-fils de Guillaume Seznec.
    François Le Her, personnage trouble, au passé tumultueux, collaborateur de l’occupant allemand allait répondre à plusieurs reprises de ses actes. Accusé de viol il était acquitté par les assises du Finistère. Grâce à la providence d’une lettre apocryphe il échappait à une condamnation de viol sur mineure. Il était aussi incarcéré pour attouchements sexuels, et détenu pour des faits de collaboration. Quant à Jeanne Seznec, elle était acquittée par la Cour d’assises du Finistère. Pourtant n’avait-elle pas reconnu avoir tué son mari, François Le Her, de trois balles de revolver le 3 octobre 1948 ? L’on comprend le fardeau familial porté par Denis Le Her Seznec et son combat, pathétique et désespéré, pour la réhabilitation de son grand-père.
    Si l’on peut sur le plan humain comprendre la démarche d’un petit-fils et ses emballements, à la différence de ceux des tiers, il faut cependant raison garder. C’est à mon sens un combat perdu d’avance tant le faisceau de présomptions et les éléments à charge contre son aïeul sont graves et concordants.
    En fonction des éléments relatés par Bernez Rouz, je n’aurais probablement pas été tourmenté par le doute. J’aurais, en mon âme et conscience, comme les jurés de l’époque, déclaré Guillaume Seznec coupable du meurtre de Pierre Quéméneur. Je n’aurais pas admis la thèse de la préméditation et j’aurais considéré que Seznec était coupable du faux en écriture privée.
    Georges CENCI

    Officier de gendarmerie (cr), délégué du procureur dans un Parquet du sud du Midi de la France, Georges Cenci a dirigé la brigade de recherches de Cannes qui a élucidé notamment l’affaire Ghislaine Marchal. L’auteur a publié le récit de cette remarquable enquête dans Omar l’a tuée (l’Harmattan, 410 p., 27€, ISBN 2-7475-3785-4)

    Posté par , 19 décembre 2006 à 12:49
  • Parfaitement d'accord avec vous.
    En France, trop de personnes prennent position sur des affaires sans ne rien connaître des dossiers. Celui qui parle le plus fort n'a pas toujours raison...
    Pas grand monde sinon personne dans cette affaire n'a défendu la mémoire de la victime Quémeneur.

    Posté par , 19 décembre 2006 à 16:17
  • Heureusement qu'il y a Internet pour permettre une expression libre sur l'affaire Seznec.
    Bien sûr il y a les livres (Rouz, Penaud) mais leur audience, compte tenu de l'omerta des médias classiques, ne doit pas être extraordinaire.
    Je suis évidemment d'accord pour déplorer les compte-rendus des journaux, télés et hebdomadaires sur la récente décision de la Cour de cassation.

    Et encore le terme "déplorer" est faible tant l'attitude générale des médias est, en majorité, proprement scandaleuse. Des articles et éditoriaux simplistes bourrés d'erreurs que même la plupart des "historens innocentistes" n'oseraient pas écrire.
    Et surtout une attitude lamentable face aux juges forçément "fous" de ne pas avoir céder au matraquage médiatique de Denis Le Her et ses amis de France Justice.

    Que leur décision soit bâtie sur des données objectives et des éléments concrets ne les effleure même pas.

    Où est le pluralisme de l'information ? Se sont-ils seulement renseigné sur l'existence de travaux confortant la décision prise il y a plus de 80 ans ? Sans doute pas.

    Non, la Justice est aveugle et bornée et Seznec est innocent, "forçément" innocent.

    Posté par , 20 décembre 2006 à 14:39
  • Heureusement qu'il y a Internet pour permettre une expression libre sur l'affaire Seznec.
    Bien sûr il y a les livres (Rouz, Penaud) mais leur audience, compte tenu de l'omerta des médias classiques, ne doit pas être extraordinaire.
    Je suis évidemment d'accord pour déplorer les compte-rendus des journaux, télés et hebdomadaires sur la récente décision de la Cour de cassation.

    Et encore le terme "déplorer" est faible tant l'attitude générale des médias est, en majorité, proprement scandaleuse. Des articles et éditoriaux simplistes bourrés d'erreurs que même la plupart des "historens innocentistes" n'oseraient pas écrire.
    Et surtout une attitude lamentable face aux juges forçément "fous" de ne pas avoir céder au matraquage médiatique de Denis Le Her et ses amis de France Justice.

    Que leur décision soit bâtie sur des données objectives et des éléments concrets ne les effleure même pas.

    Où est le pluralisme de l'information ? Se sont-ils seulement renseigné sur l'existence de travaux confortant la décision prise il y a plus de 80 ans ? Sans doute pas.

    Non, la Justice est aveugle et bornée et Seznec est innocent, "forçément" innocent.

    Posté par , 20 décembre 2006 à 14:42
  • Encore raté, monsieur Denis Le Her...

    Eh oui... encore raté, monsieur Denis-Caliméro Le Her !
    Mais n'était-ce pas, au fond le but recherché ?
    Merci à Chatborgne de mentionner le livre de Michel Keriel, "Seznec - l'impossible réhabilitation" (sur www.manuscrit.com - taper keriel dans rechercher - ou sur amazon et les autres sites, en PDF ou en papier). Car il est le seul auteur à avoir eu accès par autorisation officielle aux dossiers d'archives. Les autres se contentent le plus souvent d'élucubrer ou de compiler plagiairement... Il est le seul à avoir démontré comment et pourquoi les demandes en révision de la condamnation de Joseph (car c'est son vrai prénom) ne peuvent aboutir.
    Comment ? Par une mauvaise présentation, à dessein, de la demande :
    1 - On la présenté globale sur les deux chefs de la condamnation - meurtre et faux, tout en sachant que les faux sont indubitables.
    2 - On fait état de pseudo faits nouveaux pour mieux irriter les juges.
    Pourquoi ? Pour préserver un juteux FONDS DE COMMERCE qui, si la demande était acceptée, se tarirait en peu de temps.
    Car c'est bien là le noeud de l'histoire. Monsieur Denis-Caliméro s'est habilement forgé une réputation de brimé par la justice alors qu'il ne souhaiterait que restaurer l'honneur perdu d'un grand-père et d'une famille...
    Parlons-en : petit-fils d'un escroc raté, fils d'un père violeur et escroc avéré(lui) et d'une mère meurtrière, demi-frère d'un violeur et d'une Juliette qu'on retrouve dans l'affaire de Bruay-en-Artois. Passons sous silence la douce et aimante Marie-Jeanne, sa grand-mère. Pourquoi donc la mère de Seznec - qui pourtant avait du bien, comme on dit en Bretagne - l'a-t-elle laissé croupir dans la fosse commune d'un cimetière parisien au lieu de la faire enterrer à Plomodiern, là où reposent Seznec et sa fille ? En Bretagne, le culte de la mort et des sépultures est très présent. Sauf, peut-être, dans le cas où l'intéressé(e) n'est pas blanc-blanc...
    Voilà des éclaircissements qu'on peut trouver dans un autre livre de Michel Keriel : "Autour de Seznec", qu'il a écrit à partir des dossiers d'assises dont il reprend de longs et édifiants extraits.
    Les sous semblent, chez les Seznec et les Le Her, une préoccupation centrale de l'existence. Nul doute que le petit dernier ait hérité de ces atavismes croisés...
    Toujours de Keriel, j'ai trouvé amusant son "Behême pour perpète" dans lequel il transpose l'affaire aujourd'hui.
    Enfin, pour Chatborgne et puisqu'il semble aimer les greffiers (pardon, les chats...), je lui conseille un quatrième ouvrage de Keriel : "Classé sans suite" qui fait raconter, par son chat Belzébuth et sa soeur Belphégor, deux énigmes de l'immédiat après-guerre. Savoureux !
    Votre dévoué Tontonzy.

    Posté par , 20 décembre 2006 à 17:51
  • et la présomption d'innocence, vous en faites quoi ?

    Vous avez fait une analyse poussée du dossier de l'affaire Seznec et il
    vous reste maintenant à faire la différence entre une présomption et une
    preuve, car votre longue contribution ne démontre en rien la culpabilité
    de Guillaume Seznec.

    Si vous croyez à sa culpabilité de Guillaume Seznec, vous avez autant
    d'éléments pour y croire que la brave paysanne bretonne que vous citez
    et qui n'y croit pas. Dans cette situation, quand on ne peut démontrer
    la culpabilité ou l'innocence, il y a lieu de s'en remettre à la
    présomption d'innocence qu'une loi d'Elizabeth Guigou du 15 juin 2005,
    avait déjà soi-disant renforcé pour mettre fin à des dérives inacceptables.

    Après les affaires d'Outreau, du Bugaled Breizh, du docteur Fouchard,
    les mesurettes de réformes de justices de Pascal Clément... la justice
    française vient de manquer une formidable occasion de démontrer sa
    capacité à se remettre en cause et à évoluer, un siècle après la
    réhabilitation d'Alfred Dreyfus.
    Nous espérons pour le moins que vous comprenez que les Français ne sont
    pas satisfaits de leur justice.

    Posté par , 21 décembre 2006 à 22:51
  • et la présomption d'innocence, vous en faites quoi ?

    Vous avez fait une analyse poussée du dossier de l'affaire Seznec et il
    vous reste maintenant à faire la différence entre une présomption et une
    preuve, car votre longue contribution ne démontre en rien la culpabilité
    de Guillaume Seznec.

    Si vous croyez à sa culpabilité de Guillaume Seznec, vous avez autant
    d'éléments pour y croire que la brave paysanne bretonne que vous citez
    et qui n'y croit pas. Dans cette situation, quand on ne peut démontrer
    la culpabilité ou l'innocence, il y a lieu de s'en remettre à la
    présomption d'innocence qu'une loi d'Elizabeth Guigou du 15 juin 2005,
    avait déjà soi-disant renforcé pour mettre fin à des dérives inacceptables.

    Après les affaires d'Outreau, du Bugaled Breizh, du docteur Fouchard,
    les mesurettes de réformes de justices de Pascal Clément... la justice
    française vient de manquer une formidable occasion de démontrer sa
    capacité à se remettre en cause et à évoluer, un siècle après la
    réhabilitation d'Alfred Dreyfus.
    Nous espérons pour le moins que vous comprenez que les Français ne sont
    pas satisfaits de leur justice.

    Posté par , 21 décembre 2006 à 22:52
  • expertises ?

    Depuis le 14, jour de sortie de la réédition du livre de Denis Le Her Seznec, un argument, est répété à l'envie par son auteur et repris par de nombreux médias, à savoir: l'expertise des promesses de ventes par le laboratoire de la gendarmerie nationale designerait les policiers de la sureté.
    Peut-on avoir des explications des gendarmes?, peut-être du colonel Cenci ?

    Posté par , 22 décembre 2006 à 21:41
  • ...et contre-expertises

    Je viens de relire l'arrêt de la Cour de révision et je ne constate aucune saisine de l'IRCGN (laboratoire de recherches pluridisciplinaires de la Gendarmerie)
    Par contre, l'arrêt fait mention de nombreuses expertises et contre-expertises. Pour l'essentiel :
    1°)- Le rapport déposé le 10 décembre 1923 par l'expert désigné établissait que les deux exemplaires de la promesse de vente avaient été dactylographiés à l'aide de la machine à écrire saisie dans la machinerie de la scierie exploitée par SEZNEC;
    2°)- Le rapport déposé le 22 décembre 1923 par les experts chargés d'examiner les mentions manuscrites portées sur les deux exemplaires de la promesse de vente .... ainsi que sur la minute du télégramme déposée au Havre, le 13 juin 1923 et sur les feuillets 46 et 48 du carnet de Quéméneur ... concluait que ces pièces n'étaient pas de la main de celui-ci mais de celle de SEZNEC.
    Ces expertises, précise l'arrêt, n'aient suscité aucune demande de contre-expertise.
    3°)- En 1989, un collège d'experts commis pour examiner les originaux de ces mêmes pièces concluait que SEZNEC en était le scripteur;
    4°)- En 1993, un nouveau collège de 5 experts (directeurs des laboratoires de police scientifique de Wiesbaden et Lausanne) concluaient, à l'unanimité, que les deux exemplaires de la promesse de vente étaient de la main de SEZNEC ( se remarque la mise hors de cause de Pierre Bonny)

    Posté par , 23 décembre 2006 à 11:52
  • l'expert de l'Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie Nationale

    Dans Audience du jeudi 5 octobre 2006

    CONCLUSIONS DE L'AVOCAT GENERAL
    On peut lire :
    .
    c- Troisième observation : l'expert de l'Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale, M. Nowaczyk, commis par la présidente de la Commission de révision, le 24 avril 2003, a soulevé un problème nouveau. En effet, de l'ensemble des examens auxquels il a procédé, de manière très minutieuse, l'expert conclut :
    - qu'une seule et même machine a servi à la rédaction de
    l'ensemble des éléments suivants :
    *la pièce de question A (il s'agit de la promesse de vente telle que censée avoir été remise par Seznec aux enquêteurs)
    *la pièce de question B (il s'agit de la promesse de vente découverte dans la valise de Quemeneur)
    *le spécimen dactylographié le 6 juillet 1923 (il s'agit de la copie de la promesse de vente dactylographiée par le commissaire Cunat ou l'un des 4 policiers qui l'accompagnaient lors de la découverte de la machine à écrire)
    *les quatre doubles de lettres (sur feuillets pelure avec un carbone) dactylographiés avec la machine à écrire, saisie le 6 juillet 1923, dont les originaux ont été tapés par le vendeur, M. Chenouard, et remis par lui à la police.
    - que le document de question A (Q1) et le document de question B (Q2) n'ont fort probablement pas été réalisés par la même personne.

    - qu'une similitude intéressante de « doigté » dactylographique est observée sur la pièce de question A (la promesse de vente telle que censée avoir été remise par Seznec aux enquêteurs) et la pièce de comparaison C1 du scellé 23 (la promesse de vente dactylographiée par le policier le 6 juillet 1923).
    Selon l'expert, cette similitude de frappe consiste en un rebondissement fréquent de la lettre « é », rebondissement que l'on ne constate pas dans l'exemplaire dactylographié de Quemeneur non plus que dans l'exemplaire dactylographié par l'expert Bayle, désigné en 1923. Cet expert, directeur du Service de l'identité judiciaire, avait déjà affirmé que la machine écrire saisie chez Seznec avait été utilisée pour taper les faux. D'après l'expert Nowaczyk, «il y a de fortes probabilités pour que ce problème soit lié au doigté du dactylographe et non à la machine à écrire ». M. Nowaczyk infère donc de ses constatations qu'il est probable que deux personnes différentes aient tapé chacune des deux promesses de vente et qu'en revanche, il y a une similitude de « doigté » entre la promesse de vente de Seznec et le fac-similé de la police. Cela signifierait que ces deux documents pourraient avoir été dactylographiés par une même personne, c'est-à-dire le commissaire Cunat ou l'un des 4 autres policiers ayant "découvert" la machine, et serait donc de nature à conforter l'hypothèse d'une possible machination policière
    ============
    C'est cette expertise qui est donnée en référence
    Il s'agit des conclusions de l'avocat général favorable à la révision.
    Dans les attendus du rejet il n'est pas fait allusion à cette expertise.
    Tanisse

    Posté par , 29 décembre 2006 à 16:29
  • AUTORISATION"

    "Encore raté, monsieur Denis Le Her..." par Tontonzy

    M'autorisez-vous, Cher Monsieur, à retranscrire votre message, et par là-même vos propos diffamants sur Denis SEZNEC, sur le site de FRANCE-JUSTICE ?

    Merci de votre réponse, quoi que.... autorisation ou pas, le lien va lui être communiqué. Du fait qu'il a toujours été assez grand pour savoir ce qu'il avait à faire..........

    Posté par , 29 décembre 2006 à 16:54
  • L'expertise de monsieur Nowaczyk

    Je corrige une erreur que j'ai commise :
    Les attendus de la Cour font bien référence à l'expertise de monsieur Nowaczyk mais sans faire référence à 'Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale.
    "Attendu qu'en avril 2003, la commission de révision a ordonné une expertise dactylographique, confiée à Dominique Nowaczyk, afin que soit comparé le contenu des deux promesses de vente avec, d'une part, un fac-similé tapé par le commissaire Cunat, le 6 juillet 1923, en présence de Marie-Jeanne Seznec, sur les lieux-mêmes de la découverte de la machine à écrire, et, d'autre part, quatre doubles de correspondances réalisés par Joseph Chenouard lorsqu'il détenait cette machine ;

    Attendu que l'expert a conclu que tous ces documents avaient été dactylographiés avec la même machine à écrire, ce qui met fin à une controverse, aujourd'hui abandonnée, sur l'origine de cette machine ; qu'en outre il a relevé, sur l'exemplaire de la promesse de vente remis par Seznec, l'existence d'un rebondissement de la lettre "é", qu'il n'a pas constaté sur celui découvert dans la valise de Quéméneur ; qu'il en a déduit que les deux documents n'avaient fort probablement pas été réalisés par la même personne, se trouvant ainsi en désaccord avec l'expert commis par le juge d'instruction ; qu'en l'état de cette déduction, il a relevé une similitude de "doigté dactylographique" entre l'exemplaire remis par Seznec et le fac-similé tapé par le commissaire Cunat ;"

    Suiventles raisons pour lesquelles cette expertise ne peut être retenue en particulier parce qu'elle supposerait un complot mettant en cause un nombre important de policiers de deux brigades différentes. De plus l'enquête au moment de la réalisation des documents n'avait pas encore débuté.. A lire en tout cas dans l'arrête de la CdC.
    A noter que l'expertise dément que les deux promesses ait été réalisées sur deux machines mais par contre émet l'hypothès que deux personnes aient pu les taper.
    Encore faudrait-il que tout cela "colle" aux éléments du dossier.
    La Cour rappelle que la machination policière est techniquement et chronologiquement impossible.

    je n'avais pas fait, dans un premier temps, la relation entre les deux. Pour autant il semble que M. Nowaczyk a été sollicité à titre personnel. L'Institut ne semble pas avoit été saisi en tant que tel.

    Posté par , 02 janvier 2007 à 10:49
  • Propos diffamants sur Denis Le HER ?

    A Axelle :
    Etant de nature plutôt indulgente j'ai du mal à faire mienne la thèse de Kériel et par là de Tontonzy.
    Cette thèse consiste, si je ne me trompe, à penser que les demandes de révisions ont toujours été mal présentées volontairement de façon à provoquer un refus inévitable. Tout cela pour protéger un fond de commerce juteux.
    Et pourtant.. il est assez évident que la seule chance, pour les partisans de Seznec, aurait été d'admettre l'évidence, la responsablité de G.S. dans les faux, mais d'argumenter pour dire que cela n'impliquait automatiquement pas sa responsabilité dans le meurtre en s'appuyant, en particulier, sur le fait qu'il n'y avait pas de cadavre pour "tenter" d'instiller un doute favorable à l'accusé.

    Quand à l'accusation de diffamation envers monsieur Denis le Her, laissez moi rire.
    Ca ne le gêne pas, lui, de salir la mémoire du beau-frère de Pierre Quéméneur ou d'accuser des policiers de Rennes et Paris d'avoir fromenter un vaste complot.(sans oublier le juge d'instruction).
    Ca ne le gêne pas non plus d'injurier des juges, qu'il accuse de surdité, d'aveuglement et de malhonnêteté.

    Et pour le fond de commerce juteux force est de constater que monsieur Le Her Denis exploite depuis longtemps, à son profit, la complaisance de journalistes ignorant tout de l'Affaire et complètement manipulés.
    La dernière péripétie en date étant la réédition de son livre le 14 décembre, certainement une coïncidence ! Livre présenté le soir même sur les JT du 20h de TF1 et France 2. Sans explications sur les attendus de la Cour et surtout sans contradicteur.

    Allez, je préfère encore croire que monsieur le HER est aveuglé par sa "Foi"...

    Tanisse

    Posté par , 02 janvier 2007 à 11:26

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